Québec, Canada

403-1381 1re Avenue

+1 581.849.27.96

bdgouthiere@gmail.com

Une image à 0,35 centime : le vrai prix des illustrations générées pour un blog

Ou : Comment acheter une illustration au prix d’un trombone et repartir avec quatre contrats

Chaque article de ce blog porte une illustration d’en-tête et une vignette. Depuis le 27 septembre 2026, elles sortent de MiniMax image-01, un modèle de génération d’images que j’appelle par l’API de WaveSpeed, à 0,0035 $ l’image quelle que soit sa taille : 0,35 centime de dollar1. La vignette, découpée dans l’image d’en-tête, ne coûte rien de plus. À ce tarif, le budget n’est plus un sujet. Les questions sont ailleurs : à qui appartient l’image, qui d’autre peut obtenir la même, et a-t-on le droit de la publier ? Les réponses sont écrites dans quatre textes que personne n’ouvre : les conditions de MiniMax, celles de WaveSpeed, la licence de FLUX.1 [dev] et celle de SDXL.

Je les ai ouverts. Le prix tient dans une constante de mon code. Les droits demandent un peu plus de lecture.

Générer les images d’un blog par API : le prix d’une illustration, et les licences à lire avant

Un fichier de consignes, trois commandes

L’outil s’appelle imggen : un programme en Go, en ligne de commande. Pour chaque article, il lit un fichier BRIEF.md : une section par image, avec son prompt en anglais, ses dimensions et le nom du fichier final. Trois sous-commandes font le reste :

1
2
3
imggen generate BRIEF.md --model minimax-image-01  # appelle l'API, range un PNG par image
imggen review BRIEF.md                             # page HTML de revue, sans appel d'API
imggen post-process BRIEF.md --accept 1,2          # WebP, recadrage, variantes

Pour une image d’en-tête de 1199 x 654 pixels, l’outil demande 1200 x 656 à MiniMax, qui exige des côtés de 512 à 2048 pixels, multiples de 82. Le post-traitement la ramène à 1199 x 654, l’encode en WebP qualité 85, découpe au centre une vignette de 400 x 300, puis produit des variantes de 375, 768 et 1024 pixels de large. Hugo les intègre ensuite à des pages AMP, un format qui a ses propres plafonds de poids.

L’outil connaît quatre modèles :

ModèleAccèsPrix au 3 novembre 2026Rôle
MiniMax image-01API de WaveSpeed0,0035 $ l’image, toute taillepar défaut depuis le 27 septembre 2026
MiniMax H3API de WaveSpeed0,02 $ en 1k, 0,06 $ en 2kvariante plus détaillée
FLUX.1 [dev]ComfyUI, sur un GPU loué chez Runpodau temps de GPUjamais sans décision explicite
SDXLGPU loué chez Runpodau temps de GPUsolution de secours

Au 3 novembre 2026, le dossier d’images du site compte 958 images en pleine taille, illustrations insérées comprises, et 559 vignettes. Toutes ne sortent pas de MiniMax, mais les régénérer au tarif du jour coûterait 3,35 $. Le coût qu’affiche imggen vient d’une grille écrite en dur dans son code ; j’ai donc revérifié ces prix sur les pages publiques.

Même prompt, même graine, même image

MiniMax image-01 est déterministe : avec la même graine, le nombre qui initialise son tirage aléatoire, et les mêmes paramètres, il rend la même image2. imggen dérive la graine du numéro de l’image, et --seed-offset la décale. Pour refaire une image ratée, on garde le prompt et on change la graine :

1
2
# Même prompt, graine décalée de 1 : une autre composition, au même prix
imggen generate BRIEF.md --only 1 --seed-offset 1

Le 27 octobre 2026, l’image d’en-tête de l’article sur la faille Tailworm est sortie avec deux bandes noires, en haut et en bas, comme un film au format cinéma sur un vieux téléviseur. Même prompt, nouvelle graine : l’image remplissait le cadre. Coût de l’incident : 0,35 centime.

Autre règle apprise à l’usage : ces modèles rendent mal le texte, qui sort en pseudo-écriture. Mes prompts n’en demandent donc aucun, et évitent les objets qui en portent par nature : enseignes, écrans, pages ouvertes.

Le déterminisme a un revers. WaveSpeed prévient dans ses conditions que des sorties semblables, voire identiques, peuvent être générées pour d’autres clients3. Avec un modèle qui rend la même image pour la même graine, il suffit en principe que quelqu’un envoie mon prompt avec ma graine.

À qui appartient une image à 0,35 centime ?

WaveSpeed sert des modèles conçus par d’autres. Ses conditions, mises à jour le 1er novembre 2026, donnent au client la propriété de ses entrées et de ses sorties face à WaveSpeed. Pour le reste, elles renvoient aux conditions des éditeurs de modèles, auxquelles WaveSpeed se déclare étranger, et ne garantissent ni qu’une sortie soit protégeable par le droit d’auteur, ni qu’elle ne viole aucun droit3. Revendeur ou fournisseur ? Pour image-01, revendeur : même prix que MiniMax, et la page du modèle renvoie à la licence de MiniMax1. Pour H3, la page désigne WaveSpeed lui-même.

MiniMax publie les conditions de sa plateforme d’API, en vigueur depuis le 30 mars 2026 et soumises au droit de Singapour. Le client conserve la propriété de ses entrées et du contenu généré, que MiniMax peut utiliser pour fournir, maintenir, développer et améliorer ses services4. Une autre clause vise ceux qui proposent un service fondé sur cette génération : identifiants discrets et marque visible dans le contenu produit. Un blog qui publie ses illustrations ne vend pas ce service ; c’est du moins ma lecture.

Je possède donc mon image comme on possède son exemplaire du journal : il est bien à moi, et la rotative en tire d’autres pour qui en demande.

FLUX.1 [dev] : l’image est libre, la presse ne l’est pas

FLUX.1 [dev], de Black Forest Labs, tourne aussi dans l’outil. Sa licence non commerciale, version 1.1.1, a deux faces. Côté sorties, elle est généreuse : l’éditeur ne revendique aucune propriété sur les images, utilisables à toute fin, commerciale comprise, sauf pour entraîner un modèle concurrent5. Côté modèle, elle est stricte : l’usage non commercial exclut toute activité qui génère des revenus, et tout usage qui a un effet sur des utilisateurs finaux.

C’est un imprimeur qui dirait : les affiches sont à vous, vendez-les si ça vous chante, mais la presse, je ne vous la prête que le dimanche. Un blog public, lu par des inconnus, ressemble beaucoup à un usage qui touche des utilisateurs finaux, et je n’ai pas envie de plaider le contraire : flux1 reste dans l’outil, sans servir au site tant que je n’en ai pas décidé autrement. Pour un usage commercial, la licence renvoie à Black Forest Labs, dont la page de licences propose, au 3 novembre 2026, quatre paliers : aucun ne nomme FLUX.1 [dev], aucun n’affiche de prix.

SDXL, la solution de secours, relève de la CreativeML Open RAIL++-M, du 26 juillet 2023 : Stability AI n’y revendique aucun droit sur les sorties et n’interdit pas l’usage commercial, mais fixe une liste d’usages interdits, de la désinformation au harcèlement, qu’aucune sortie ne doit enfreindre6.

DevOps Dave : Flux dev, c’est gratuit. Les poids se téléchargent, le GPU coûte trois sous.

Security Sarah : Et la licence ?

DevOps Dave : Elle dit que les images sont à moi, même pour les vendre.

Security Sarah : Elle dit aussi à quoi tu as le droit de faire servir le modèle. Tu as lu cette partie-là ?

DevOps Dave : Il y a deux parties ?

L’étiquette « générée par IA », et des automates de laiton

L’obligation de transparence de l’AI Act partage le travail en deux. Le fournisseur du système d’IA marque ses sorties dans un format lisible par machine. Celui qui publie signale un hypertrucage : une image qui ressemble à des personnes, objets, lieux ou événements existants, et peut passer à tort pour authentique7. Pour une œuvre manifestement artistique ou fictive, une mention discrète suffit.

La frontière passe par la vraisemblance : un automate de laiton dans un atelier imaginaire ne passe pour authentique aux yeux de personne, une fausse photo d’inondation dans une vraie ville, si. Côté fournisseur, au 3 novembre 2026, ni la page de WaveSpeed ni la référence de l’API de MiniMax ne parlent de filigrane.

À 0,35 centime l’illustration, on la refait d’une graine à l’autre sans y penser. Ce qu’on ne relit jamais, c’est le texte qui dit ce qu’on a le droit d’en faire. Le prix tient dans une constante. Les droits tiennent dans quatre textes, deux sociétés singapouriennes et une presse qu’on ne vous prête que le dimanche.



  1. Les pages de WaveSpeed pour MiniMax image-01 et pour MiniMax H3, consultées le 3 novembre 2026 : 0,0035 $ l’image pour la première, 0,02 $ en 1k et 0,06 $ en 2k pour la seconde. La page d’image-01 rattache les droits d’usage commercial à la licence fixée par MiniMax ; celle de H3 nomme WaveSpeedAI. La grille de prix de MiniMax affiche le même montant pour image-01 : « $0.0035 per image ». ↩︎ ↩︎

  2. La référence de l’API de génération d’images de MiniMax : largeur et hauteur de 512 à 2048 pixels, divisibles par 8, et pour la graine : « Using the same seed and parameters produces reproducible images ». ↩︎ ↩︎

  3. Les conditions d’utilisation de WaveSpeedAI, mises à jour le 1er novembre 2026, qui lient le client à WaveSpeedAI PTE. LTD., à Singapour, et à WaveSpeedAI LIMITED, à Hong Kong : propriété des données du client, sorties comprises, à l’article 11.1 ; conditions des tiers à l’article 6.1 ; absence de garantie sur les sorties à l’article 13.5, qui ajoute : « Similar or identical Outputs may be generated for other customers or users ». ↩︎ ↩︎

  4. Les conditions de la plateforme MiniMax, en vigueur depuis le 30 mars 2026 et publiées par Nanonoble Pte. Ltd., société établie à Singapour : « you retain your ownership rights in Client input and generated content ». La clause sur le marquage figure dans le passage consacré à la technologie de synthèse dite profonde. ↩︎

  5. La licence non commerciale de FLUX.1 dev, version 1.1.1 : l’usage non commercial est défini à l’article 1(c), et les sorties sont traitées à l’article 2(d) : « You may use Output for any purpose (including for commercial purposes) ». Les paliers commerciaux sont sur la page de licences de Black Forest Labs. ↩︎

  6. La CreativeML Open RAIL++-M de SDXL, section III : « Licensor claims no rights in the Output You generate using the Model ». Les usages interdits sont listés en annexe A. ↩︎

  7. Règlement (UE) 2024/1689, article 3, point 60, pour la définition de l’hypertrucage, article 50, paragraphe 2, pour le marquage par le fournisseur, et paragraphe 4 pour l’obligation de celui qui publie, allégée pour une œuvre « manifestement artistique, créatif, satirique, fictif ou analogue ». ↩︎