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Mon fichier llms.txt a cinq mois : qui l'a vraiment lu, journaux à l'appui

Ou : Comment rédiger un sommaire soigné pour des lecteurs qui sautent directement au chapitre 4

Le 1er mai 2026, j’ai ajouté à mon site un fichier llms.txt, ce sommaire en Markdown destiné aux modèles de langage dont on parlait alors beaucoup. Il compte aujourd’hui 316 liens vers les articles, projets et guides, avec leur description, et pointe vers une version Markdown de chacune. Cinq mois plus tard, j’ai ouvert les journaux du serveur pour voir qui l’avait lu. Réponse : 106 requêtes en tout, dont 17 de GPTBot, une de ClaudeBot, aucune de Googlebot. Dans le même temps, les versions Markdown des pages ont été téléchargées près de 4 000 fois, et presque jamais en passant par le fichier. La question « faut-il créer un llms.txt » mérite donc une réponse plus nuancée qu’un oui enthousiaste ou un non méprisant.

llms.txt : ce que dit la proposition, ce qu’en font Google et les robots d’IA

Un sommaire pour lecteurs pressés

La proposition vient de Jeremy Howard, publiée le 3 septembre 2024 sur llmstxt.org1. L’idée part d’un constat juste : une page web moderne est encombrée de menus, de scripts et de publicités, alors qu’un modèle de langage travaille dans une fenêtre de contexte limitée. Le fichier, placé à la racine du site, lui offre un raccourci : un titre de niveau 1, seul élément obligatoire, un résumé en citation, puis des sections de liens commentés. Une section intitulée « Optional » regroupe ce qu’un agent peut ignorer quand la place manque. La proposition recommande aussi de servir une version Markdown propre de chaque page utile.

C’est exactement ce que fait mon site, généré avec Hugo. Deux formats de sortie suffisent : un gabarit produit /llms.txt à partir des articles, des projets et des guides, et chaque page reçoit en plus un index.md à côté de son index.html.

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# Extrait simplifié de hugo.toml
[outputFormats.LLMS]
  mediaType   = "text/plain"
  baseName    = "llms"
  isPlainText = true

[outputs]
  home = ["HTML", "RSS", "LLMS"]
  page = ["HTML", "Markdown"]

Le résultat pèse 123 Ko pour 328 lignes, régénéré à chaque publication. Le coût de maintenance est nul. C’est d’ailleurs le principal argument en sa faveur, et il faut le garder en tête pour la suite.

Ce que Google en dit, noir sur blanc

Google a tranché le 15 juin 2026, en ajoutant une précision à son guide d’optimisation pour les fonctions d’IA de la recherche. Pas besoin de fichiers lisibles par les machines, de fichiers texte pour l’IA ni de Markdown pour apparaître dans la recherche, « as Google Search itself doesn’t use them ». Et la phrase suivante règle la question du risque : en créer un ne nuira ni n’aidera, « as Google Search ignores them »2.

Mes journaux confirment : depuis le 1er mai, Googlebot a fait 3 773 requêtes sur le site, et aucune vers /llms.txt. Il a bien téléchargé 13 versions Markdown de pages, ce qui montre qu’il les voit passer, mais le sommaire ne l’intéresse pas.

Le fichier n’est pas né d’un caprice pour autant. Anthropic, Cloudflare et Stripe en publient un pour leur documentation3, et c’est là qu’il trouve son meilleur usage : un développeur colle l’adresse dans son assistant de code, qui récupère d’un coup la carte d’une documentation de plusieurs centaines de pages. C’est un outil pour qu’on te lise quand on te cherche déjà, pas pour qu’on te trouve.

Les chiffres qui circulent, et leurs limites

Deux études reviennent dans tous les articles sur le sujet. Originality.ai suit plus de trois millions de sites : 4 088 fichiers llms.txt en juin 2025, 36 120 en mai 2026, soit une multiplication par 8,8 en un an4. L’adoption progresse donc vite, à partir de presque rien.

Ahrefs a regardé l’autre côté, celui des lectures, grâce aux journaux de 137 210 domaines clients de son outil d’analyse. En mai 2026, 28 % d’entre eux publiaient un fichier valide, et 97 % de ces fichiers n’ont reçu aucune requête du mois. Parmi les rares fichiers consultés, les outils d’audit SEO pèsent 21,7 % des requêtes, GPTBot 4,51 %, ClaudeBot 0,8 %5. Ahrefs signale lui-même deux limites : sa clientèle est plus technique que le web moyen, ce qui fait des 28 % un plafond, et une requête prouve qu’un robot a téléchargé le fichier, pas qu’il s’en est servi.

Autrement dit, les outils qui vérifient si tu as un llms.txt le lisent plus souvent que les modèles à qui il est destiné. Il y a là un modèle économique, mais ce n’est pas le tien.

Ce que racontent mes propres journaux

J’ai repris la méthode décrite dans l’article sur la mesure d’audience par les journaux du serveur, appliquée cette fois aux seuls fichiers destinés aux machines, du 1er mai au 12 octobre 2026. Aucune adresse IP n’entre dans le décompte, seulement les familles de robots déclarées par leur en-tête.

RobotRequêtes totales sur le siteVers /llms.txtVers les pages Markdown
ClaudeBot6 1091358
Googlebot3 773013
GPTBot2 59917470
Bingbot2 4461254
Amazonbot2 1563420
Applebot1 5001137
OAI-SearchBot1 4032116

Sur 106 requêtes vers /llms.txt, une cinquantaine viennent d’agents qui se présentent comme des navigateurs, dont 30 comme un iPhone, sans qu’on puisse dire s’il s’agit d’humains curieux ou de robots discrets. GPTBot est le seul robot d’IA à revenir avec une certaine régularité, environ trois fois par mois.

Le chiffre intéressant est ailleurs. Les pages Markdown ont reçu 3 911 requêtes, dont plus de la moitié par des robots qui se déclarent comme tels. Je voulais savoir s’ils les trouvaient par le sommaire. Sur les 593 requêtes qui indiquent leur provenance, 585 viennent de la page HTML correspondante, et aucune du llms.txt. Les robots arrivent sur la page, repèrent la balise <link rel="alternate" type="text/markdown"> que mon gabarit ajoute dans l’en-tête, et téléchargent la version Markdown. Les 3 318 autres requêtes ne disent pas d’où elles viennent, ce qui interdit de conclure plus loin, mais le seul indice disponible pointe vers la balise, pas vers le sommaire.

DevOps Dave : J’ai ajouté un llms.txt de 300 liens. Les IA vont enfin comprendre mon site.

Security Sarah : Combien de fois il a été lu ce mois-ci ?

DevOps Dave : Trois fois. Dont deux fois par l’outil d’audit qui m’a conseillé de le créer.

Security Sarah : Donc ton lecteur le plus fidèle, c’est celui qui te le vend.

Alors, faut-il en créer un ?

Pour un site de documentation que des développeurs donnent à manger à leur assistant de code, oui, sans hésiter : c’est l’usage pour lequel le format a été pensé, et il y rend service. Pour un blog ou un site de contenu, la réponse honnête est : si ça ne coûte rien, pourquoi pas, mais n’en attends rien. Google l’ignore officiellement, les robots d’IA l’ouvrent rarement, et ils trouvent tes pages sans lui.

Rien ne me pousse à retirer le mien : il ne coûte aucun effort, et GPTBot passe le voir de temps en temps. Mais si je ne devais garder qu’une des deux sorties, je garderais les pages Markdown et leur balise alternate, qui sont réellement consultées. Un sommaire n’est utile que si quelqu’un commence par le sommaire. Les robots, comme la plupart des lecteurs, vont directement à la page qui les intéresse.

Reste une question plus sérieuse que celle du sommaire : qui a le droit de lire tes pages, et pour en faire quoi. Elle ne se règle pas dans llms.txt, mais dans robots.txt, et c’est le sujet de l’article de demain.



  1. La proposition llms.txt est signée Jeremy Howard et datée du 3 septembre 2024. Elle décrit le fichier comme un moyen de fournir « brief background information, guidance, and links to detailed markdown files », et précise que le titre de niveau 1 est « the only required section ». Elle propose que les pages utiles aient une version Markdown à la même adresse, avec .md ajouté. ↩︎

  2. Le guide de Google sur l’optimisation pour les fonctions d’IA de la recherche dit, à propos de « LLMS.txt files and other “special” markup » : « You don’t need to create new machine readable files, AI text files, markup, or Markdown to appear in Google Search (including its generative AI capabilities), as Google Search itself doesn’t use them. » Puis : « Doing so will neither harm nor help your site’s visibility or rankings in Google Search, as Google Search ignores them. » Le journal des modifications de Google Search Central date cette précision du 15 juin 2026. ↩︎

  3. Les fichiers de la documentation d’Anthropic, de celle de Cloudflare et de celle de Stripe répondaient tous le 12 octobre 2026. Ceux de go.dev et de gohugo.io, en revanche, n’existaient pas : deux projets qui écrivent pourtant beaucoup pour les développeurs s’en passent très bien. ↩︎

  4. L’étude de suivi d’Originality.ai compte 4 088 fichiers en juin 2025 et 36 120 en mai 2026 sur plus de trois millions de sites, et 38 980 sites si l’on ajoute llms-full.txt et ai.txt. L’article ne détaille pas comment l’échantillon est constitué. ↩︎

  5. L’étude d’Ahrefs, publiée le 15 juin 2026, porte sur 137 210 domaines suivis par Ahrefs Web Analytics en mai 2026. Elle précise que la consommation réelle par l’IA se situe « at or below » les 19,5 % de requêtes attribuées à des outils d’IA, puisqu’un téléchargement ne prouve pas une lecture. ↩︎