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Les développeurs utilisent l'IA sans la croire sur parole : le sondage 2026

Ou : Comment adopter un nouveau collègue en promettant de relire tout ce qu’il écrit

Le 6 octobre 2026, Stack Overflow a publié les résultats de son seizième sondage annuel auprès des développeurs : 30 903 réponses valides, venues de 169 pays1. Son verdict sur l’intelligence artificielle tient en deux chiffres qui semblent se contredire. Au travail, 65,9 % des répondants se servent d’un assistant ou d’un agent de code2. Mais 6,6 % seulement confieraient à l’IA une décision importante. La confiance existe pourtant, à une condition précise : 48 % croient ses résultats quand ils peuvent les vérifier facilement3. Les outils d’IA ont conquis la journée des programmeurs sans conquérir leur signature, et l’écart entre les deux porte un nom que tout le métier connaît : la relecture.

J’utilise un agent de code tous les jours, et j’ai publié une liste de contrôle pour relire sa PR. Ce sondage dit en pourcentages ce que cette liste dit en douze points : le travail a changé de place, il n’a pas disparu.

Sondage Stack Overflow 2026 : usage de l’IA, confiance et langages des développeurs

Le collègue qu’on embauche et qu’on relit

Voici l’usage et la confiance, côte à côte. Chaque question a son propre nombre de répondants, et certaines acceptent plusieurs réponses : les pourcentages ne s’additionnent pas.

Question poséeRéponsePart
Outils d’IA utilisés au travailUn assistant ou un agent de code65,9 %
Aucun outil d’IA17,2 %
Confiance dans leurs résultatsQuand je peux les vérifier facilement48,0 %
Y compris pour des décisions importantes6,6 %
Avant d’utiliser une réponse généréeJe l’exécute en local76,5 %
Je l’utilise telle quelle9,6 %

Le dessin général est net : l’IA écrit, l’humain vérifie. Avant d’utiliser une réponse générée, 63,9 % la comparent aussi au reste du code et 53,0 % examinent ses tests ou ses conséquences pour la sécurité4. Près de 79 % jugent l’attribution des sources importante ou très importante pour croire une réponse technique5.

C’est la situation d’une rédaction qui vient d’embaucher un pigiste prodigieux. Il rend dix articles à l’heure, bien construits, sans une faute d’orthographe. Le rédacteur en chef en publie beaucoup. Il les lit aussi tous, parce que le pigiste invente parfois une citation avec le même aplomb qu’il en rapporte une vraie. Personne dans cette rédaction ne dirait qu’il se méfie du pigiste : il lui fait confiance exactement autant que la relecture le permet. La confiance sous condition n’est pas de la méfiance. C’est une fiche de poste.

Et cette fiche de poste déplace la valeur du travail. Si l’on fait confiance à ce qu’on peut vérifier, la compétence rare devient la capacité de vérifier : connaître le code existant, savoir ce qu’un test prouve et ce qu’il ne prouve pas. C’est la thèse de l’article où j’expliquais pourquoi tester devient le vrai travail, et c’est ma règle d’écriture ici : faire tourner le code avant de publier.

Des outils approuvés, des règles en option

Le sondage demande aussi comment l’IA est encadrée dans l’organisation de chaque répondant6.

Place de l’IA dans l’organisationPart
Surtout facultative, laissée à chacun29,7 %
Outils approuvés, avec des consignes d’usage24,0 %
Encouragée par certaines équipes, pratiques variables15,9 %
Attendue pour certains types de travail11,5 %
Prise en compte dans l’évaluation des performances10,2 %
Aucun outil d’IA dans l’organisation6,1 %

À une autre question, 51,4 % répondent que leur organisation utilise surtout un outil approuvé, ou quelques-uns7. Les deux réponses, mises côte à côte, dessinent un drôle d’organigramme : la moitié des répondants travaillent dans une organisation qui a choisi l’outil, un quart dans une organisation qui a dit comment s’en servir. C’est l’atelier qui achète une scie circulaire neuve, la pose sur l’établi et laisse chacun deviner où mettre les doigts.

Pour le code, l’absence de consigne a une conséquence concrète. Si l’usage est laissé à chacun, la vérification l’est aussi, et rien ne garantit que le code généré passe devant les mêmes yeux que le code écrit à la main.

DevOps Dave : Chez nous, l’IA est libre. Chacun s’en sert comme il veut.

Security Sarah : Et le code qu’elle produit, qui le relit ?

DevOps Dave : Chacun le relit comme il veut.

Security Sarah : Donc votre politique d’IA, c’est la personne qui clique sur « Fusionner ».

Un métier tiède, qui continue d’apprendre

Le chapitre sur le travail prend la température du métier, et elle est tiède. Stack Overflow range 45,1 % des répondants parmi les complacent, ceux pour qui le poste va, sans plus. 32,6 % ne sont pas heureux au travail, 22,2 % le sont8. Parmi les causes de cette satisfaction molle, l’épuisement et la fatigue technologique arrivent en tête (21,1 %), devant l’incertitude économique qui retient de changer de poste (18,6 %). L’IA qui automatise les parties stimulantes du travail ne pèse que 9,9 %.

Le métier continue pourtant d’apprendre : 52,0 % des répondants ont commencé à coder, ou appris une nouvelle compétence ou un nouveau langage, dans l’année9. La question mélange les débutants et les vétérans, ce qui rend le chiffre plus rassurant qu’instructif.

Ce que le classement des langages dit, et ce qu’il tait

JavaScript reste en tête pour la douzième année d’affilée, à 62,0 %, devant SQL (58,4 %), HTML/CSS (58,2 %) et Python (58,0 %). Rust grimpe à la douzième place avec 18,0 %. Deux de mes trois langages de travail le suivent de près : PHP, treizième à 17,7 %, et Go, quatorzième à 16,5 %10.

En 2025, PHP était douzième (18,9 %), Go treizième (16,4 %) et Rust quatorzième (14,8 %)11. Lu vite : PHP recule, Go perd une place. Lu lentement : Go a gagné un dixième de point, et c’est Rust qui l’a doublé. Même cette lecture lente est fragile, pour deux raisons.

La première, c’est que la question a changé. En 2026, elle demande aussi avec quels langages on a utilisé des outils d’IA, et 14 099 personnes y ont répondu, contre 31 771 en 2025. Comparer deux années revient à comparer deux questionnaires et deux groupes de répondants.

La seconde tient à la méthode. Le sondage a été ouvert du 23 juin au 5 août 2026 et annoncé sur stackoverflow.com, sur le blog de Stack Overflow et par courriel aux membres inscrits12. Personne n’a été tiré au sort : l’échantillon s’est choisi lui-même, parmi des lecteurs de Stack Overflow, et chaque pourcentage ne porte que sur ceux qui ont répondu à la question. Le classement mesure ce que déclarent ces lecteurs. Il ne mesure ni le code en production, ni les offres d’emploi, ni ce que les entreprises paient pour faire maintenir leurs vieilles applications.

Celui qui tient la loupe

Le chiffre le plus parlant du sondage n’est peut-être ni le 65,9 % ni le 6,6 %. C’est le 9,6 % : la part des répondants qui utilisent une réponse d’IA telle quelle. L’IA a obtenu une place dans l’équipe. Elle écrit beaucoup, vite, et souvent bien. Mais à peine un répondant sur dix accepte son travail sans le retoucher, et moins d’un sur quinze lui laisserait une décision qui compte. Le métier de développeur n’est pas devenu celui de la machine. Il est devenu celui de la personne qui tient la loupe.



  1. Ryan Donovan, « The results of the 2026 Developer Survey are here! », blog de Stack Overflow, 6 octobre 2026. Le décompte exact, 30 903 réponses valides venues de 169 pays, figure dans la section méthodologie. ↩︎

  2. Utilisation des outils d’IA au travail, question à choix multiples, 17 464 réponses. Les outils de discussion généralistes suivent de près (62,5 %), les agents et flux automatisés loin derrière (26,2 %). ↩︎

  3. Confiance dans les outils d’IA, 14 304 réponses. La réponse choisie par 48,0 % est formulée ainsi : « I trust it when I can easily verify the output ». ↩︎

  4. Ce que font les répondants avant d’utiliser une réponse générée, 13 162 réponses, plusieurs choix possibles. ↩︎

  5. Attribution des sources dans les réponses d’IA : 7 269 « très important » et 3 701 « important » sur 13 945 réponses, soit 78,7 %. En ajoutant les 14,0 % de « plutôt important », on obtient les 93 % que Stack Overflow met en avant dans sa présentation. Même donnée, deux chiffres, selon l’endroit où l’on trace la ligne. ↩︎

  6. L’IA au travail, 13 167 réponses, une seule réponse possible. La deuxième ligne décrit des outils approuvés accompagnés de consignes sur la façon de s’en servir. ↩︎

  7. Approche des outils d’IA par l’organisation, 12 637 réponses : 32,8 % pour quelques outils approuvés, 18,6 % pour un seul. ↩︎

  8. Satisfaction au travail, 18 876 réponses. Les causes viennent d’une question complémentaire à laquelle 8 312 personnes ont répondu, dont 34,8 % disent ne pas se reconnaître dans cette satisfaction tiède. ↩︎

  9. Apprentissage de nouvelles compétences, 29 146 réponses. ↩︎

  10. Langages utilisés en 2026, 14 099 réponses. La douzième année de JavaScript en tête est relevée dans le chapitre Technologie, et le billet du 6 octobre décrit Rust « moving up to the 12th most used language ». ↩︎

  11. Langages utilisés en 2025, 31 771 réponses. La question de 2025 ne portait que sur les langages pratiqués et souhaités, sans la colonne sur l’IA. ↩︎

  12. La section méthodologie compte 39 266 lignes enregistrées, dont 30 903 réponses jugées valides. Elle précise même qu’une réponse signalée comme robot peut rester valide si elle a répondu aux dix questions de base. Sur les 14 347 personnes qui ont donné leur avis sur la longueur du questionnaire, 65,5 % l’ont trouvé trop long. Celles-là, au moins, ont répondu à la question. ↩︎