kDrive contre Mega : stockage gratuit massif contre confiance et transparence
Mega est le cloud qui offre 20 Go gratuits avec un grand sourire, des forfaits payants à prix cassé, et un passé qu’on préfère ne pas regarder de trop près. Si vous venez du tour d’horizon des alternatives à Google Drive, vous avez remarqué que Mega est le seul service de cette liste qui vient avec un astérisque invisible. L’astérisque dit : « fondé en 2013 par Kim Dotcom, l’homme derrière Megaupload, dont les serveurs ont été saisis par le FBI en 2012 dans le cadre de la plus grande opération anti-piratage de l’histoire d’Internet ». Kim Dotcom n’est plus impliqué dans Mega depuis 2015 et a lui-même déclaré ne plus faire confiance au service. Rassurant, n’est-ce pas ?
Cela dit, juger un cloud uniquement sur le CV de son fondateur serait injuste. Le Mega de 2026 est une entreprise néo-zélandaise (siège social) avec des serveurs en Europe, du chiffrement de bout en bout par défaut, et des prix qui défient toute concurrence. La question n’est pas « est-ce que Mega est un mauvais service ? » (ce n’en est pas un) mais « est-ce que le prix le plus bas justifie les compromis sur la transparence de l’opérateur ? ».
Prix et stockage : Mega joue dans une autre ligue
Le forfait gratuit de Mega offre 20 Go – c’est plus que les 15 Go de Google Drive et infiniment plus que les 0 Go gratuits de kDrive (qui propose 15 Go en version gratuite limitée). Le forfait Pro I de Mega donne 2 To pour 9,99 euros par mois. Le Pro II offre 8 To pour 19,99 euros par mois. Le Pro III monte à 16 To pour 29,99 euros par mois. kDrive Solo, c’est 2 To pour 4,49 euros par mois.
Attendez. kDrive est moins cher que Mega sur le forfait 2 To ? Oui. Et c’est là que le narratif « Mega = pas cher » s’effondre un peu. L’avantage prix de Mega ne se manifeste que sur les gros volumes : si vous avez besoin de 8 To ou 16 To, Mega propose effectivement les meilleurs tarifs du marché. Pour 2 To, kDrive est plus compétitif. Le vrai avantage de Mega reste le forfait gratuit généreux, qui attire les utilisateurs qui ne veulent rien payer – et qui, soyons honnêtes, constituent la majorité de la base d’utilisateurs de Mega.
Le chiffrement de Mega est E2EE par défaut, ce qui est un vrai point fort. Vos fichiers sont chiffrés localement avant l’envoi, et Mega ne peut pas les lire. C’est le même principe que Proton Drive. La différence, c’est que Proton a fait auditer son code par des tiers indépendants et publié les résultats. Mega a fait l’objet d’une analyse de sécurité par l’ETH Zurich en 2022 qui a révélé plusieurs vulnérabilités cryptographiques permettant potentiellement à Mega (ou à un attaquant) de déchiffrer les fichiers des utilisateurs. Mega a corrigé les failles, mais l’épisode a sérieusement entamé la confiance dans leur implémentation cryptographique.
La suite bureautique ? Mega n’en a pas. Pas d’éditeur de documents en ligne, pas de co-édition. C’est du stockage pur, comme pCloud ou Sync.com. kDrive avec OnlyOffice intégré offre une expérience de travail complète.
Le support Linux est correct chez Mega : MEGAsync fonctionne sur les principales distributions. Le client kDrive pour Linux est également mature. Match nul sur ce point.
Dropbox et le haut de gamme de la synchronisation
Si vous comparez les clouds sur la vitesse de synchronisation, le comparatif kDrive contre Dropbox montre que Dropbox reste le roi de la sync delta. Mega et kDrive se valent sur la synchronisation courante, mais aucun des deux n’égale Dropbox sur les fichiers volumineux modifiés fréquemment. Le compromis de Mega, c’est que le chiffrement E2EE ralentit les opérations de synchronisation, surtout sur les dossiers contenant des milliers de petits fichiers.
Vue d’ensemble des clouds européens souverains
Si la juridiction est votre critère principal, la cartographie des alternatives européennes au cloud Google remet Mega en perspective. La Nouvelle-Zélande est membre du réseau Five Eyes – l’alliance de renseignement qui inclut les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Concrètement, les autorités néo-zélandaises peuvent être contraintes de coopérer avec les agences de renseignement américaines. Ce n’est pas le Cloud Act, mais c’est dans le même voisinage. kDrive en Suisse est hors Five Eyes, hors UE, hors tout accord de partage de renseignement majeur.
La transparence d’entreprise est le dernier point de friction. Infomaniak publie un rapport annuel de durabilité, communique ouvertement sur son infrastructure (datacenters en Suisse alimentés à 100% en énergie renouvelable), et a une équipe de direction stable depuis sa fondation en 1994. Mega a changé de propriétaire plusieurs fois, sa structure actionnariale a été opaque pendant des années, et Kim Dotcom a publiquement accusé l’entreprise d’être compromise. En 2026, Mega semble s’être stabilisée, mais la réputation met du temps à se reconstruire.
Le verdict : Mega est un bon choix si vous avez besoin de beaucoup de stockage (8 To+) à prix cassé et que le chiffrement E2EE par défaut vous plaît, tout en acceptant les zones d’ombre sur la transparence de l’opérateur et la juridiction Five Eyes. kDrive est le choix plus sûr – au sens propre et au sens figuré – pour un usage courant : moins cher sur 2 To, suite bureautique intégrée, juridiction suisse, et une entreprise dont vous pouvez vérifier l’historique sans tomber sur un article de Wired qui commence par « FBI raids ».