Clouds européens souverains : OVHcloud, Nextcloud, Cozy et les autres face à Google Drive
Quand on parle d’alternatives européennes à Google Drive, on pense immédiatement aux duels directs – kDrive, pCloud, Proton Drive. Mais le paysage est beaucoup plus large que ça. Si vous venez du comparatif des alternatives à Google Drive, cette page est la carte complète : les solutions françaises, les solutions suisses, les solutions auto-hébergées, et même les projets open source que personne ne mentionne dans les comparatifs sponsorisés parce qu’il n’y a pas de commission d’affiliation à toucher dessus. L’objectif n’est pas de classer ces solutions de la meilleure à la pire – c’est de vous montrer que « quitter Google Drive » ne signifie pas forcément « aller chez un autre Google ». Parfois, la bonne alternative est un serveur dans un placard. Le rapport de l’ANSSI sur le cloud de confiance offre un cadre de référence pour évaluer la souveraineté réelle de ces solutions.
Commençons par une clarification nécessaire. « Cloud européen » ne veut pas dire « cloud souverain ». Un cloud peut être hébergé en Europe par une entreprise américaine (Azure, AWS, Google Cloud avec des datacenters à Dublin ou Amsterdam) – juridiquement, vos données restent sous Cloud Act. Un cloud souverain, c’est un cloud opéré par une entreprise européenne, sur des serveurs européens, sous une juridiction européenne. La nuance est cruciale, et elle élimine d’office une bonne partie des offres qui se prétendent « européennes ».
Les clouds français : OVHcloud, Scaleway et Cozy
OVHcloud est le géant français de l’infrastructure. Leur offre de stockage objet (S3-compatible) et leurs instances Public Cloud sont robustes, mais OVHcloud ne propose pas de cloud grand public comparable à Google Drive. Pas de synchronisation de fichiers, pas de suite bureautique intégrée, pas d’application mobile. C’est une infrastructure sur laquelle vous pouvez construire un cloud personnel (avec Nextcloud, par exemple), mais ce n’est pas une solution clé en main. OVHcloud est candidat à la certification SecNumCloud de l’ANSSI, ce qui en fait un choix pertinent pour les entreprises soumises à des obligations de souveraineté.
Scaleway (filiale du groupe Iliad, maison-mère de Free) joue dans la même catégorie qu’OVH : de l’infrastructure cloud pour développeurs et entreprises. Leur offre de stockage objet est compétitive, mais – même problème – ce n’est pas un remplaçant de Google Drive pour l’utilisateur final. Scaleway est pertinent si vous voulez auto-héberger votre solution de stockage sur une infrastructure française souveraine.
Cozy Cloud est le OVNI français de cette liste. Cozy est une plateforme open source qui propose un cloud personnel avec stockage de fichiers, gestion de contacts, récupération automatique de factures (via des connecteurs bancaires et administratifs), et un gestionnaire de mots de passe. Le concept est séduisant : un cloud qui ne se contente pas de stocker vos fichiers mais qui organise votre vie numérique. En pratique, Cozy est encore jeune, avec une communauté modeste et des fonctionnalités de collaboration limitées. Le stockage gratuit est de 5 Go, et les forfaits payants montent à 50 Go pour 2,99 euros par mois. Pour un usage personnel de type « coffre-fort de documents administratifs », c’est une pépite. Pour remplacer Google Drive en entreprise, c’est trop limité.
Murena (anciennement /e/ Foundation) propose un écosystème complet de dé-googlisation : un smartphone sous /e/OS (Android sans Google), un cloud de 1 Go gratuit (extensible), et un webmail. C’est le choix le plus radical de cette liste – si votre objectif est de supprimer Google de votre vie entièrement, pas seulement de votre stockage de fichiers. Le cloud Murena utilise Nextcloud en backend, ce qui le rend fonctionnel mais basique comparé à kDrive ou Google Drive.
L’auto-hébergement : Nextcloud et Pydio Cells
Nextcloud est l’éléphant open source de cette liste. Nextcloud est un logiciel que vous installez sur votre propre serveur (physique ou virtuel) et qui reproduit les fonctionnalités de Google Drive : stockage, synchronisation, partage, suite bureautique (via Collabora ou OnlyOffice), calendrier, contacts, visioconférence. C’est la solution la plus flexible et la plus souveraine – vos données sont sur votre serveur, sous votre contrôle, avec une juridiction que vous choisissez.
Le revers de la médaille : vous êtes votre propre administrateur système. Les mises à jour, la sécurité, les sauvegardes, l’uptime – tout repose sur vous. Un Nextcloud mal configuré est moins sûr qu’un Google Drive. Un Nextcloud bien configuré est plus sûr que tout ce qui est listé sur cette page. Le problème, c’est que « bien configurer » demande des compétences techniques que la plupart des utilisateurs n’ont pas. Des hébergeurs comme Hetzner ou OVHcloud proposent des instances Nextcloud pré-installées qui simplifient le déploiement, mais la maintenance reste à votre charge.
Pydio Cells est moins connu que Nextcloud mais mérite une mention. C’est une plateforme de partage de fichiers open source développée en France, orientée entreprise, avec une gestion fine des droits d’accès et des flux de validation. Pydio est pertinent pour les organisations qui ont besoin d’un workflow documentaire structuré (validation, approbation, versioning) plutôt que d’un simple stockage partagé. Le modèle est freemium : la version communautaire est gratuite, la version Enterprise est payante avec support.
kDrive face à Google Drive pour le remplacement direct
Si vous cherchez le remplacement le plus direct de Google Drive sans toucher à un terminal, le comparatif kDrive contre Google Drive détaille ce qui change (et ce qui ne change pas) au quotidien. Parmi toutes les solutions listées ici, kDrive est probablement celle qui demande le moins d’adaptation pour un utilisateur habitué à Google Drive.
pCloud et le modèle sans abonnement
Pour ceux qui veulent du stockage suisse sans engagement mensuel, le duel kDrive contre pCloud explore l’offre lifetime de pCloud. C’est une approche radicalement différente de l’abonnement – et elle a ses propres risques.
Un mot sur la maturité de ces solutions. Le cloud européen en 2026 n’est plus le parent pauvre qu’il était en 2019. Nextcloud a dépassé les 400 000 déploiements. Infomaniak sert plus d’un million d’utilisateurs. Cozy Cloud a été sélectionné par plusieurs administrations françaises. Mais il faut être honnête : aucune de ces solutions ne reproduit l’écosystème Google dans son intégralité. Google a eu vingt ans et des milliards de dollars pour construire un système où Gmail, Drive, Docs, Photos, Calendar et Meet fonctionnent ensemble avec une fluidité que personne n’a répliquée. Ce que les alternatives européennes proposent, c’est un choix : reprendre le contrôle de vos données en acceptant quelques frictions. Pour 80% des utilisateurs, ces frictions sont mineures et temporaires. Pour les 20% restants (grandes entreprises avec des milliers de collaborateurs, flux de travail complexes impliquant dix applications Google imbriquées), la migration demande un vrai projet de transformation – pas juste un changement de fournisseur.
La bonne nouvelle, c’est que le choix existe. Et qu’il est viable. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il faut le faire – parce que personne ne le fera pour vous, et que Google n’a aucune raison de vous faciliter la tâche.