kMeet, Jitsi, Zoom et Teams : visioconférence souveraine en Europe
La visioconférence est devenue un réflexe tellement automatique qu’on oublie de se demander où transitent les flux vidéo. Quand votre équipe fait un point hebdomadaire sur Zoom, les données passent par des serveurs américains – même si tout le monde est assis dans le même pays européen. Ce n’est pas un problème pour une réunion informelle, mais pour un cabinet d’avocats qui discute d’un dossier sensible ou une PME qui présente sa stratégie commerciale, c’est une question qui mérite d’être posée. Le guide sur l’écosystème kSuite présente kMeet comme la brique visio d’Infomaniak ; ici, on la met face aux géants. Et on découvre, comme pour le reste de l’écosystème Jitsi, que l’open source a des arguments.
kMeet est une instance Jitsi hébergée et maintenue par Infomaniak sur ses propres serveurs en Suisse. Jitsi est un projet open source utilisé par des millions de personnes, qui offre la visioconférence chiffrée, le partage d’écran, le chat intégré et les salles sans inscription pour les participants. Pas besoin de créer un compte pour rejoindre un appel – un lien suffit. C’est le même principe que Zoom, moins le tracking, moins les données envoyées aux États-Unis, et moins le tarif mensuel par organisateur.
Ce que kMeet fait bien, et où il atteint ses limites
Pour des appels en petit comité (deux à vingt personnes), kMeet est excellent. La qualité vidéo est bonne, la latence faible (serveurs en Suisse, donc proches pour toute l’Europe), et le partage d’écran fonctionne sans extension ni plugin. L’intégration avec kCalendar est le vrai bonus : créer un événement dans l’agenda génère automatiquement un lien kMeet. Les participants reçoivent le lien par email, cliquent, et sont en réunion. Zéro friction.
Au-delà de vingt participants, les choses se compliquent. Jitsi utilise un modèle peer-to-peer pour les petits appels et bascule en mode SFU (Selective Forwarding Unit) pour les groupes plus grands. Cette bascule fonctionne, mais la stabilité n’est pas au niveau de Zoom ou Teams pour des webinaires de cent personnes. Si vous organisez régulièrement des événements avec cinquante participants ou plus, kMeet n’est pas le bon outil.
Zoom, pour sa part, investit des centaines de millions de dollars par an en infrastructure. Microsoft Teams est intégré à l’ensemble de l’écosystème Microsoft 365. Ce sont des produits matures, avec des fonctionnalités que kMeet n’a pas : salles de sous-groupes (breakout rooms), transcription automatique, enregistrement cloud natif. Si ces fonctionnalités sont indispensables à votre workflow, kMeet ne les remplace pas (encore).
La suite bureautique pendant la visio : un duo sous-estimé
Un scénario courant : pendant une visio, quelqu’un partage un document et tout le monde le commente en temps réel. Avec kMeet + OnlyOffice dans kDrive, c’est natif – le document est édité collaborativement pendant que la visio tourne. Le comparatif OnlyOffice vs Google Docs explique pourquoi cette combinaison fonctionne particulièrement bien pour les fichiers au format Microsoft.
Agenda et visio : la paire inséparable
La visio sans agenda partagé, c’est un lien kMeet envoyé par Slack à la dernière minute. La visio avec agenda partagé, c’est un rendez-vous planifié avec le lien de salle pré-rempli et les participants notifiés automatiquement. L’agenda partagé cloud en équipe détaille comment kCalendar et kMeet forment un tandem naturel.
La question de la confidentialité
C’est le terrain où kMeet a un avantage structurel. Zoom a été épinglé par la FTC en 2020 pour des pratiques trompeuses sur le chiffrement de bout en bout. Microsoft Teams est soumis au Cloud Act. kMeet, hébergé en Suisse sur l’infrastructure d’Infomaniak, est hors de portée des juridictions américaines. Le chiffrement est assuré par SRTP en transit, et les flux ne quittent jamais les data centers suisses.
Pour une PME européenne dont les besoins en visio se limitent à des réunions d’équipe de cinq à quinze personnes, kMeet est une solution solide, gratuite (incluse dans my kSuite), et respectueuse de la vie privée. Pour des besoins de webinaires ou de conférences à grande échelle, Zoom ou Teams restent les standards. Le pragmatisme consiste à utiliser kMeet par défaut et Zoom pour les exceptions – pas l’inverse.