Du NAS Synology au cloud : migrer des téraoctets sans y passer un mois
Migrer depuis un NAS vers le cloud est une opération fondamentalement différente d’une migration cloud-à-cloud. Quand vous passez de Google Drive à un autre cloud, les données sont déjà « là-haut » : le transfert passe par les datacenters. Quand vous partez d’un NAS Synology qui trône dans votre bureau, tout doit remonter par votre connexion Internet. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes, au sens chinois du terme. Si vous suivez le guide global de migration cloud, cette page est pour ceux qui partent du local vers le distant. Synology propose Cloud Sync nativement, mais ce n’est pas forcément la meilleure option.
Le défi principal n’est pas technique : c’est arithmétique. Prenons un cas concret : vous avez 5 To sur votre NAS et une connexion fibre avec 500 Mbps en upload (ce qui est généreux, car beaucoup de connexions « fibre » plafonnent à 100-200 Mbps en montée). À 500 Mbps théoriques, 5 To prennent environ 22 heures. En pratique, avec l’overhead des protocoles, les pauses, les retransmissions et le fait que votre upload n’est jamais à 100% en continu : comptez 3 à 5 jours. Sur une connexion VDSL avec 20 Mbps en upload ? Faites le calcul et pleurez : environ un mois.
Stratégie de migration NAS : par étapes, pas en mode kamikaze
Étape 1 : trier avant de migrer. C’est le moment de faire le ménage. Un NAS qui tourne depuis cinq ans accumule des téraoctets de données dont la moitié est probablement obsolète : anciennes Time Machine, sauvegardes de PC qui n’existent plus, séries télé regardées une fois. Migrer des données inutiles, c’est payer du stockage cloud pour des fichiers que personne ne rouvrira jamais. Faites un tri brutal : archivez sur disque dur externe ce qui doit être conservé mais jamais accédé, supprimez le reste, migrez uniquement le vivant.
Étape 2 : choisir le protocole. Trois options principales pour envoyer des fichiers depuis un NAS vers un cloud :
- WebDAV : la plupart des clouds européens (y compris kDrive) supportent WebDAV. Les NAS Synology et QNAP savent monter un partage WebDAV comme un dossier distant. Simple mais pas le plus rapide.
- Rclone : installable sur la plupart des NAS via Docker ou en natif (Synology a un paquet communautaire). Rclone est plus rapide que WebDAV parce qu’il utilise les API natives du cloud de destination et gère le transfert en parallèle.
- Cloud Sync natif : Synology et QNAP proposent des applications de synchronisation cloud intégrées. L’avantage est la simplicité. L’inconvénient est que ces outils sont conçus pour la synchronisation continue, pas pour une migration one-shot : ils peuvent être très lents sur de gros volumes.
Étape 3 : migrer par lots. Ne lancez pas un transfert de 5 To d’un coup. Divisez par dossiers thématiques ou par année. Si le transfert échoue à 80%, vous ne repartez pas de zero. Rclone est particulièrement bon pour ça : il sait reprendre un transfert interrompu là où il s’était arrêté.
Les pièges spécifiques au NAS que le cloud ne connaît pas
La migration depuis iCloud a ses pièges Apple, mais le NAS a les siens :
Les permissions Unix/POSIX du NAS ne se transposent pas sur un cloud. Les ACL POSIX, les propriétés utilisateurs, les groupes Unix : tout ça disparaît. Si votre NAS a une gestion fine des permissions par utilisateur, vous devrez la recréer côté cloud avec le modèle de permissions du nouveau fournisseur.
Les liens symboliques ne survivent pas. Si votre arborescence NAS utilise des symlinks pour organiser les fichiers, la migration va soit les ignorer, soit les dupliquer.
Les fichiers système et les métadonnées étendues (.DS_Store sur macOS, Thumbs.db sur Windows, @eaDir sur Synology) vont polluer votre cloud si vous ne les filtrez pas. Rclone a un flag --exclude qui gère ça proprement.
Les volumes RAID ne sont pas un problème pour la migration elle-même (le NAS présente un volume logique, pas les disques physiques), mais gardez le NAS en fonctionnement jusqu’à la fin de la vérification. Si un disque du RAID tombe pendant la migration, vous aurez une copie partielle sur le cloud et un NAS dégradé. Pas idéal.
Bande passante : le vrai boss de fin de niveau
Pour les outils de migration cloud-à-cloud, la bande passante n’est pas un sujet : les données transitent entre datacenters. Pour un NAS, c’est LE sujet. Quelques astuces :
- Migrez la nuit. Votre upload n’est pas partagé avec Netflix et les visios Teams à 3h du matin.
- QoS sur le routeur. Limitez la bande passante de la migration pour ne pas paralyser le bureau pendant la journée.
- Compressez avant d’envoyer. Si vous avez beaucoup de fichiers texte, ZIP, ou de vieux formats non compressés, un archivage local avant upload peut réduire le volume de 30 à 50%.
- Solution physique. Pour des volumes supérieurs à 10 To, certains fournisseurs acceptent que vous envoyiez un disque dur physique. C’est moins élégant mais nettement plus rapide.
Le temps total pour une migration NAS vers cloud : comptez 1 à 2 semaines pour un NAS familial de 2-5 To sur connexion fibre, et 3 à 6 semaines pour un NAS d’entreprise de 10 To+ sur connexion standard. Ajoutez une semaine de vérification à la fin.