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Le stockage cloud illimité n'existe pas (et voici pourquoi)

Après avoir lu la page sur les prix et plans cloud, vous vous êtes peut-être demandé pourquoi certains fournisseurs ne figurent pas dans les comparatifs au téraoctet. La réponse : ils prétendent offrir du stockage “illimité”. C’est un mot puissant, “illimité”. Il évoque des horizons infinis, une liberté totale, l’absence de contraintes. En matière de cloud, il signifie très exactement : “limité, mais d’une manière qu’on ne vous expliquera pas avant que vous ayez signé”. Comme l’a documenté Ars Technica, Google a réduit son “stockage illimité” Workspace à 5 To par utilisateur en changeant les conditions du jour au lendemain.

Le stockage illimité est une impossibilité physique. Les données occupent des disques durs. Les disques durs coûtent de l’argent. Un fournisseur qui promet du stockage illimité fait le pari statistique que la majorité de ses utilisateurs stockeront beaucoup moins que la moyenne – et que les quelques utilisateurs qui stockeront massivement seront compensés par les millions qui n’utilisent que quelques centaines de Go. C’est le même modèle qu’une salle de sport qui vend 10 000 abonnements pour 500 places de machines : ça fonctionne tant que tout le monde ne vient pas en même temps.

Comment les fournisseurs transforment “illimité” en “limité”

La “fair use policy” : le plafond invisible

Presque toutes les offres “illimitées” incluent une clause de fair use (utilisation raisonnable) dans leurs conditions générales. Cette clause autorise le fournisseur à limiter ou suspendre votre compte si votre usage est jugé “excessif” ou “non conforme à un usage normal”. Le problème : aucun fournisseur ne définit précisément ce qu’est un “usage normal”. C’est intentionnel.

Google Workspace Business Standard annonce “pooled storage” avec 2 To par utilisateur. Google Workspace Business Plus monte à 5 To par utilisateur. Le “illimité” d’Enterprise a été remplacé par des quotas ajustables sur demande – et Google se réserve le droit de refuser. En pratique, si vous dépassez 5 To par utilisateur, attendez-vous à recevoir un email de votre account manager.

Dropbox Business a fait la même chose : l’offre “stockage illimité” a été transformée en “autant que nécessaire pour un usage professionnel normal”, avec un cap officieux autour de 5 To par utilisateur qui déclenche une revue manuelle.

Les offres “lifetime” et leur espérance de vie

pCloud propose un “lifetime deal” à 399 euros pour 2 To. Ce n’est pas illimité en volume, mais c’est illimité en durée – du moins en théorie. Le problème avec les offres lifetime, c’est qu’elles ne survivent qu’aussi longtemps que l’entreprise qui les vend. pCloud est une société basée en Suisse (bon point) avec des serveurs au Luxembourg (bon point aussi), mais personne ne garantit qu’elle existera dans 20 ans. Et si elle est rachetée, les conditions du “lifetime deal” peuvent changer avec le nouveau propriétaire.

L’histoire du SaaS est jonchée de cadavres d’offres lifetime. Bitcasa, Copy.com, Wuala (un service d’Infomaniak, ironiquement) – tous proposaient du stockage cloud avec des offres à vie, et tous ont fermé. Vos données survivent rarement à la fermeture d’un service cloud si vous n’avez pas anticipé la migration.

Pourquoi les plans gratuits sont le premier palier de l’illusion

Les vraies limites des plans gratuits sont l’extrémité basse du spectre. Le plan gratuit dit “stockez gratuitement, mais pas beaucoup”. L’offre illimitée dit “stockez autant que vous voulez, mais pas vraiment”. Entre les deux, il y a les forfaits avec des quotas définis (kDrive Solo à 2 To, Dropbox Plus à 2 To, Google One à 2 To) qui ont le mérite de l’honnêteté : vous savez exactement ce que vous achetez.

Forfait clair vs promesse floue

La question du cloud illimité rejoint celle du modèle de facturation : forfait fixe ou paiement à l’usage. Le forfait fixe avec un quota explicite (kDrive Solo : 2 To pour 4,99 euros par mois) est le modèle le plus prévisible. Vous savez ce que vous payez, vous savez ce que vous obtenez, et personne ne peut changer les termes en invoquant une “fair use policy” que vous n’avez pas lue. Le cloud illimité, à l’inverse, est un forfait dont les termes réels sont définis par le fournisseur, pas par le contrat.

kDrive ne propose pas de stockage illimité, et c’est un choix délibéré. kDrive Solo offre 2 To, kDrive Team offre 3 To extensibles à 18 To, kDrive Pro offre 6 To extensibles à 106 To. Les limites sont explicites, les prix sont fixes, et l’extension de stockage est disponible à un tarif prévisible. C’est moins sexy qu’un “illimité” en gros caractères sur la page marketing, mais c’est infiniment plus honnête.

Le stockage cloud illimité est un outil marketing, pas une réalité technique. Si un fournisseur vous promet l’infini pour 9,99 euros par mois, demandez-vous comment il finance ses disques durs. La réponse est toujours la même : en pariant que vous n’utiliserez pas ce qu’il vous promet. Et le jour où vous l’utilisez, les conditions changent. Préférez un cloud qui vous dit combien d’espace vous avez et qui tient sa promesse.