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Exporter toutes ses données cloud sans rien oublier en route

L’export de données cloud, c’est comme un déménagement : vous pensez que tout va tenir dans trois cartons, et vous finissez avec un camion de 20 mètres cubes et un sentiment de panique croissant devant tout ce que vous aviez oublié. Vos fichiers, oui, vous les récupérez. Mais l’arborescence ? L’historique de versions ? Les liens de partage que vos collègues utilisent depuis deux ans ? Les métadonnées qui font que vos fichiers sont organisés et pas juste empilés ? Si vous venez du guide sur la réversibilité cloud, vous savez que la question n’est pas « est-ce que je peux exporter ? » mais « est-ce que ce que j’exporte est utilisable ? ».

La réponse, malheureusement, dépend du fournisseur. Google Takeout est probablement l’outil d’export le plus connu — et le plus frustrant. Il exporte vos fichiers Google Drive, mais convertit les Google Docs natifs en .docx (avec pertes de formatage), les Google Sheets en .xlsx (avec macros Apps Script perdues), et les Google Slides en .pptx (avec animations et transitions approximatives). L’arborescence est conservée dans une structure de dossiers, mais les fichiers partagés avec vous ne sont pas inclus sauf si vous les avez explicitement ajoutés à « Mon Drive ».

Ce qu’un export complet devrait contenir (et contient rarement)

Un export véritablement complet inclut sept éléments. Les fichiers eux-mêmes, évidemment. L’arborescence des dossiers, pour ne pas tout retrouver en vrac. L’historique de versions, parce que la version actuelle d’un document n’est pas toujours la bonne. Les métadonnées (dates de création, de modification, tags, commentaires). Les permissions et le partage (qui a accès à quoi). Les liens publics, parce que des dizaines de personnes utilisent peut-être des URLs vers vos fichiers. Et enfin les fichiers de configuration du service (automatisations, workflows, règles de synchronisation).

Aucun fournisseur cloud grand public n’exporte les sept. La plupart en couvrent deux ou trois. Les meilleurs en couvrent cinq. Les permissions et les liens publics sont presque systématiquement perdus — ce qui est logique d’un point de vue technique (les permissions sont liées au système d’authentification du fournisseur) mais catastrophique d’un point de vue pratique.

Pour kDrive d’Infomaniak, l’export se fait par téléchargement direct de l’arborescence via le client de synchronisation ou via l’interface web. Les fichiers sont stockés dans leur format natif (pas de conversion), l’arborescence est conservée, et les métadonnées de base (dates, tailles) survivent au transfert. L’historique de versions et les permissions ne sont pas exportables directement, mais Infomaniak le documente clairement — ce qui est déjà plus honnête que la plupart des concurrents qui laissent la question sans réponse.

Quitter proprement sans laisser de données derrière soi

L’export n’est que la première étape. Quitter un cloud sans perdre ses données couvre la procédure complète : télécharger, vérifier l’intégrité, migrer vers le nouveau service, confirmer que tout est en place, puis seulement résilier. L’erreur classique, c’est de résilier avant d’avoir vérifié — et de découvrir trois semaines plus tard qu’il manque un dossier critique dans l’export.

Une astuce que peu de gens connaissent : avant de lancer l’export, faites un inventaire. Comptez vos fichiers, notez la taille totale, listez les dossiers partagés. Après l’export, vérifiez que les chiffres correspondent. Un écart de 2% sur un cloud de 500 Go, c’est 10 Go de données potentiellement perdues. Ce n’est pas anodin.

Le droit à la portabilité comme filet de sécurité

Si l’export natif du fournisseur est insuffisant, il vous reste le droit à la portabilité RGPD. L’article 20 vous donne le droit de récupérer vos données dans un format structuré et lisible par machine. Ce n’est pas un export complet au sens technique — les métadonnées dérivées et l’historique de versions ne sont pas couverts — mais c’est un plancher légal en dessous duquel le fournisseur ne peut pas descendre.

Pour les utilisateurs avancés, des outils comme rclone permettent de synchroniser un cloud vers un autre (ou vers un stockage local) en conservant les métadonnées de base. rclone supporte plus de 40 fournisseurs cloud et gère les transferts en parallèle, la reprise après interruption, et la vérification d’intégrité par checksum. C’est l’outil de référence pour les migrations de grande envergure — et c’est gratuit, open source, et maintenu activement.

L’export complet reste le parent pauvre du cloud. Les fournisseurs investissent massivement dans l’onboarding (rendez l’entrée facile et les gens viendront) et négligent systématiquement l’offboarding (rendez la sortie difficile et les gens resteront). Le jour où un fournisseur cloud affichera « quittez-nous en un clic avec toutes vos données, métadonnées et historique » sur sa page d’accueil, ce sera le signal que le marché a enfin mûri. En attendant, vérifiez avant de signer.