Votre fournisseur cloud ferme : combien de temps avant la panique ?
CloudWatt, le « cloud souverain français », a fermé en 2020. Numergy, son jumeau, avait déjà rendu l’âme en 2016. Ubuntu One, le cloud de Canonical, a disparu en 2014. Copy.com de Barracuda, fermé en 2016. Wuala de LaCie, fermé en 2015. Ce ne sont pas des obscurs services de niche — c’étaient des acteurs avec des millions de dollars d’investissement, des équipes, des clients, et un jour, un email qui dit « vous avez 30 jours pour récupérer vos données ». Si vous venez du guide sur la réversibilité cloud, vous savez que la question n’est pas si un fournisseur peut fermer, mais quand — et surtout, si vous serez prêt.
L’histoire de CloudWatt est particulièrement instructive. Créé en 2012 avec le soutien de l’État français et d’Orange, financé à hauteur de 225 millions d’euros, présenté comme la réponse souveraine au Cloud Act américain — fermé huit ans plus tard dans l’indifférence générale. Les clients ont eu quelques mois pour migrer. Ceux qui n’avaient pas de plan B ont appris à en avoir un.
Les signaux d’alerte que personne ne surveille
Un fournisseur cloud ne ferme pas du jour au lendemain (sauf cas de piratage ou de fraude, mais c’est un autre sujet). Il y a des signes avant-coureurs — et ils sont presque toujours les mêmes.
Le premier signal : l’arrêt des mises à jour. Si votre fournisseur n’a pas sorti de nouvelle fonctionnalité depuis un an, si le blog n’est plus alimenté, si les tickets de support traînent sans réponse, c’est mauvais signe. Un service cloud qui n’évolue plus est un service cloud qui meurt.
Le deuxième signal : les changements de tarification brutaux. Une augmentation de 50% du prix sans amélioration du service, c’est souvent le signe que le fournisseur essaie de compenser une baisse du nombre de clients. Les derniers clients paient pour ceux qui sont déjà partis.
Le troisième signal : les levées de fonds qui échouent. Pour les startups cloud, c’est l’indicateur le plus fiable. Si les articles de presse mentionnent des « difficultés de financement » ou des « restructurations », commencez à télécharger vos données.
Le quatrième signal : le rachat par un concurrent. Ça peut bien se passer (rare) ou mal se passer (fréquent). Le scénario classique : le concurrent rachète la base de clients, migre ceux qui acceptent vers son propre service, et ferme l’ancien dans les six à douze mois.
La procédure d’urgence pour quitter un cloud qui ferme
Quand l’annonce tombe, vous avez généralement entre 30 et 90 jours. C’est peu. Quitter un cloud sans perdre ses données donne la procédure standard en cinq étapes, mais dans un contexte de fermeture, le temps est compressé et la priorité change : téléchargez d’abord, triez ensuite.
Concrètement : lancez un téléchargement complet immédiatement. Ne perdez pas de temps à trier ou à organiser. Prenez tout, en vrac si nécessaire, sur un disque dur local ou un NAS. Vous aurez tout le temps de ranger après. Ce que vous n’aurez pas, c’est une deuxième chance de télécharger après la date limite.
Si le volume est important (plusieurs centaines de Go), utilisez rclone pour paralléliser les téléchargements et gérer les reprises après interruption. Les derniers jours avant la fermeture, les serveurs du fournisseur sont surchargés par tous les clients qui téléchargent en même temps — les vitesses de transfert s’effondrent. Plus vous commencez tôt, mieux c’est.
La règle 3-2-1 comme assurance permanente
La meilleure protection contre la fermeture d’un fournisseur, c’est de ne jamais dépendre entièrement de lui. La règle de sauvegarde 3-2-1 — trois copies, deux supports, un hors site — appliquée à vos données cloud signifie qu’une copie locale existe toujours. Si le fournisseur ferme demain, vous ne perdez rien. Le cloud n’est plus votre stockage principal, c’est une copie supplémentaire avec des fonctionnalités de partage et de collaboration.
Infomaniak existe depuis 1994 — c’est un des hébergeurs les plus anciens d’Europe, rentable, non coté en bourse (donc pas soumis aux caprices des marchés financiers), et basé en Suisse. Ce n’est pas une garantie absolue de pérennité — rien ne l’est — mais c’est un profil de risque très différent d’une startup cloud de trois ans financée par du capital-risque qui brûle du cash en attendant sa prochaine levée de fonds.
Préparez le scénario de la fermeture comme vous préparez celui de l’incendie : non pas parce que c’est probable, mais parce que le coût de la préparation est négligeable comparé au coût de l’impréparation. Un téléchargement mensuel automatisé de vos données cloud vers un disque local prend cinq minutes à configurer et zéro minute à maintenir. Le jour où le mail « nous avons le regret de vous informer » arrive dans votre boîte, vous haussez les épaules au lieu de paniquer.