Quitter son cloud sans perdre ses données : la checklist de survie
Quitter un cloud, c’est comme quitter un appartement : si vous rendez les clés avant d’avoir vérifié que tous vos cartons sont bien dans le camion, vous allez passer un très mauvais week-end. La différence, c’est que votre propriétaire ne peut pas effacer votre canapé en appuyant sur un bouton. Votre fournisseur cloud, si. Le guide sur la réversibilité cloud pose le cadre théorique ; ici, on passe à la pratique. Voici comment partir proprement, dans l’ordre, sans rien oublier.
L’erreur numéro un — et de loin la plus fréquente — c’est de résilier l’abonnement avant d’avoir terminé l’export. Les fournisseurs cloud ont des politiques de rétention très variables après résiliation : Google conserve vos données 30 jours, Microsoft entre 30 et 90 jours selon le type de compte, et certains petits fournisseurs suppriment immédiatement. Si vous résiliez d’abord et exportez ensuite, vous jouez à la roulette russe avec vos fichiers.
La procédure en cinq étapes (dans cet ordre, sans tricher)
Étape 1 : l’inventaire. Avant de toucher quoi que ce soit, faites un état des lieux complet. Combien de fichiers ? Quelle taille totale ? Combien de dossiers partagés ? Combien de liens publics actifs ? Notez tout. C’est votre référence pour vérifier que l’export est complet. Sur kDrive, ces informations sont disponibles dans les paramètres du compte. Sur Google Drive, le gestionnaire de stockage donne une vue d’ensemble. Si vous avez plus de 100 Go de données, prévoyez plusieurs heures (voire jours) pour l’export.
Étape 2 : l’export. Téléchargez tout. Pas « les fichiers importants », pas « ce dont j’ai besoin maintenant » — tout. Utilisez le client de synchronisation du fournisseur pour avoir une copie locale complète, ou un outil comme rclone pour les volumes importants. Si des fichiers sont en formats propriétaires, c’est le moment de décider s’il faut les convertir (spoiler : oui, il faut).
Étape 3 : la vérification d’intégrité. Comparez votre copie locale avec l’inventaire de l’étape 1. Le nombre de fichiers correspond ? La taille totale est cohérente ? Ouvrez quelques fichiers au hasard pour vérifier qu’ils ne sont pas corrompus. Un fichier .docx de 0 Ko, c’est un fichier que vous venez de perdre. Vérifiez avant de résilier, pas après.
Étape 4 : la migration. Transférez vos données vers le nouveau fournisseur (ou vers un NAS local, ou les deux). Si vous migrez vers kDrive, le client de synchronisation Infomaniak gère le transfert. Pour les migrations entre clouds, rclone reste l’outil de référence — il peut copier directement d’un fournisseur à l’autre sans passer par votre machine locale (ce qui économise du temps et de la bande passante).
Étape 5 : la résiliation. Et seulement maintenant, vous résiliez l’ancien compte. Gardez une confirmation écrite de la résiliation et une copie de votre dernière facture. Si des liens publics pointaient vers vos fichiers sur l’ancien cloud, mettez à jour les URLs partout où c’est possible — sinon, vos collaborateurs et clients vont tomber sur des pages 404.
Ce que l’export ne récupère pas (et comment limiter les dégâts)
Certaines choses ne survivent pas à une migration cloud. Les permissions d’accès — qui a accès à quoi — sont liées au système d’authentification du fournisseur et ne s’exportent pas. Les liens de partage publics sont attachés au domaine du fournisseur et cesseront de fonctionner. Les intégrations avec des services tiers (Zapier, Make, IFTTT) devront être reconfigurées. L’export complet des données cloud détaille ce que chaque fournisseur permet et ne permet pas de récupérer.
Pour limiter les pertes : documentez vos permissions avant de partir (un simple tableur avec fichier/dossier + utilisateur + niveau d’accès), notez tous les liens publics actifs, et listez vos intégrations. Ce travail d’inventaire prend une heure et vous évitera des jours de galère après la migration.
Anticiper la fermeture : le scénario du pire
Et si ce n’est pas vous qui décidez de partir ? Que faire si votre fournisseur cloud ferme couvre le scénario où la décision ne vous appartient pas. Les étapes sont les mêmes, mais avec une contrainte de temps ajoutée — et souvent très courte. C’est pour ça que la règle 3-2-1 (trois copies, deux supports, un hors site) n’est pas de la paranoïa : c’est de la prévoyance.
Un dernier conseil : ne brûlez pas les ponts immédiatement. Si votre ancien fournisseur le permet, gardez un compte gratuit ou minimal pendant un mois après la migration. C’est votre filet de sécurité pour récupérer un fichier oublié ou un lien partagé que vous n’aviez pas identifié. Le coût d’un mois supplémentaire est négligeable comparé au coût d’une donnée perdue. Et croyez-moi, il y a toujours une donnée oubliée.