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Infomaniak et le datacenter vert : quand vos fichiers chauffent des appartements

Un datacenter, c’est fondamentalement une collection de radiateurs très chers. Des milliers de serveurs qui calculent, stockent et transmettent des données produisent de la chaleur, beaucoup de chaleur. L’industrie du cloud dépense des milliards chaque année pour évacuer cette chaleur : climatisation, refroidissement liquide, free cooling. L’idée qu’on pourrait utiliser cette chaleur au lieu de la combattre semble évidente. Et pourtant, en 2026, la grande majorité des datacenters dans le monde continuent de gaspiller cette énergie thermique dans l’atmosphère. Si vous venez du guide sur la souveraineté et le RGPD dans le cloud européen, vous savez que la souveraineté a une dimension juridique. Elle a aussi une dimension écologique, et Infomaniak est l’un des rares fournisseurs cloud à prendre les deux au sérieux.

Infomaniak récupère la chaleur produite par son datacenter D4 à Genève pour alimenter le réseau de chauffage urbain. Concrètement : les calories générées par les serveurs qui hébergent vos fichiers kDrive chauffent des appartements genevois. Ce n’est pas un projet pilote, ce n’est pas un communiqué de presse : c’est opérationnel depuis 2023. L’énergie produite par le datacenter correspond au chauffage d’environ 6 000 ménages.

Comment fonctionne la récupération de chaleur d’un datacenter

Le principe est simple (la mise en oeuvre l’est beaucoup moins). Les serveurs produisent de la chaleur. Au lieu d’évacuer cette chaleur via des tours de refroidissement, on la capte via un échangeur thermique. L’eau chauffée par les serveurs alimente un réseau de chaleur urbain qui dessert des immeubles résidentiels et des bâtiments publics. Le datacenter D4 d’Infomaniak, situé dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates à Genève, est raccordé au réseau GeniLac des Services industriels de Genève (SIG).

Le résultat est un cercle vertueux : le datacenter a besoin de refroidissement (sinon les serveurs surchauffent et tombent en panne), et la ville a besoin de chauffage. Les deux besoins se compensent. En hiver, quand la demande de chauffage est maximale, la chaleur des serveurs est intégralement récupérée. En été, l’excès est dissipé par le lac Léman via le réseau GeniLac. L’empreinte carbone nette du datacenter est réduite de manière significative : Infomaniak revendique une compensation à 200% de ses émissions CO2.

L’électricité qui alimente les serveurs est 100% renouvelable (certifiée naturemade star en Suisse). Infomaniak n’achète pas de crédits carbone pour compenser : c’est l’infrastructure elle-même qui est conçue pour minimiser l’impact. La différence entre « compenser » et « réduire » est la même qu’entre un régime et simplement manger moins : l’un est un artifice comptable, l’autre est un changement structurel.

Ce que ça signifie pour la localisation des données

La localisation des datacenters est un sujet juridique, mais c’est aussi un sujet écologique. Un datacenter bien situé (dans un pays au mix électrique décarboné, raccordé à un réseau de chaleur urbain) a un impact environnemental radicalement différent d’un datacenter dans une zone désertique refroidi par des climatiseurs alimentés au gaz naturel. Le PUE (Power Usage Effectiveness) d’un datacenter mesure le ratio entre l’énergie totale consommée et l’énergie effectivement utilisée par les serveurs. Un PUE de 1,0 serait parfait (toute l’énergie va aux serveurs). La moyenne de l’industrie est autour de 1,58. Le datacenter D4 d’Infomaniak affiche un PUE de 1,09.

Les hyperscalers ne sont pas en reste sur le PUE : Google revendique un PUE moyen de 1,10 pour ses datacenters. Mais Google ne récupère pas la chaleur pour chauffer des logements. Amazon n’utilise pas d’électricité 100% renouvelable pour tous ses datacenters. La différence entre Infomaniak et les GAFAM n’est pas dans l’efficacité énergétique brute, elle est dans l’intégration au tissu urbain local et dans le modèle économique. Un datacenter qui chauffe un quartier est une infrastructure municipale. Un datacenter qui exporte ses profits et sa chaleur résiduelle est une extraction.

Le cloud souverain européen passe aussi par l’écologie

Le panorama du cloud souverain européen en 2026 montre que la tendance écologique n’est pas limitée à Infomaniak. OVHcloud a développé son propre système de watercooling. Hetzner, en Finlande, profite du climat nordique pour du free cooling quasi-permanent. Scaleway a investi dans le refroidissement adiabatique. Mais la récupération de chaleur urbaine reste l’exception, pas la norme, principalement parce qu’elle nécessite une collaboration étroite avec les autorités locales et les opérateurs de réseaux de chaleur. C’est un avantage compétitif pour les acteurs enracinés dans leur territoire.

La directive européenne sur l’efficacité énergétique (2023/1791) impose désormais aux datacenters de plus de 500 kW de déclarer leur consommation énergétique et leur PUE. À partir de 2027, les nouveaux datacenters devront récupérer leur chaleur résiduelle si un réseau de chaleur est disponible à proximité. La réglementation rattrape les pionniers, ce qui est généralement le signe que les pionniers avaient raison.

Choisir un fournisseur cloud, ce n’est pas seulement choisir un prix, des fonctionnalités et une juridiction. C’est aussi choisir une empreinte écologique. Vos fichiers consomment de l’électricité et produisent de la chaleur 24 heures sur 24. Autant que cette chaleur serve à quelque chose.