Deux adresses suisses, un seul audit : Proton VPN face à PrivadoVPN
Ou : ce qui se passe quand deux services invoquent le même pays et qu’un seul accepte de se faire examiner.
La réponse courte : à juridiction comparable, l’écart se creuse sur la vérification. PrivadoVPN, fondé en 2019 sous le nom de Privado Networks à Zoug, n’a publié aucun audit indépendant de sa politique no-log. Proton VPN en publie un par an depuis 2022. Ce n’est pas une nuance de degré, c’est une différence de nature : dans un cas un tiers a regardé, dans l’autre il faut croire sur parole. Sur les critères qui structurent les confrontations entre services de ce guide, c’est le point qui départage.
Le second fait mérite d’être connu, parce qu’il contredit l’argument commercial d’origine : PrivadoVPN a annoncé en 2025 le transfert de son entité légale de Zoug vers l’Islande, effectif le 1er mai 2026, l’entité helvétique cédant la place à une structure établie près de Reykjavík. La fiche encyclopédique du service en garde la trace. L’Islande est une juridiction tout à fait respectable en matière de vie privée, souvent citée pour ses garanties constitutionnelles. Simplement, un service qui a construit sa communication sur la Suisse et qui déménage sans que la plupart des comparatifs le remarquent illustre à quel point ces fiches sont rarement tenues à jour.
L’offre gratuite n’est pas l’argument qu’on croit
PrivadoVPN se distingue par un palier gratuit relativement généreux au regard du marché : dix gigaoctets par mois, une poignée de localisations, un appareil à la fois. C’est réellement utile pour un usage occasionnel, et bien plus honnête que les services gratuits qui financent l’infrastructure en revendant le trafic de leurs utilisateurs.
Cela dit, un palier gratuit doit être payé par quelqu’un. Chez un fournisseur qui publie des audits, on peut au moins vérifier que ce n’est pas par la collecte. Chez un fournisseur qui n’en publie aucun, la question reste ouverte, et elle est d’autant plus légitime que la révision de la surveillance en cours côté suisse a poussé plusieurs acteurs à revoir leur structure juridique. Le dossier tenu par le chapitre suisse de l’Internet Society donne la mesure de ce qui se joue pour les fournisseurs établis là-bas.
Autrement dit, le bon usage de PrivadoVPN est celui d’un dépannage : une connexion ponctuelle sur un réseau douteux, un besoin de quelques heures. Pour un usage quotidien où la politique de journalisation est censée vous protéger durablement, l’absence de vérification externe pèse lourd.
Il reste une question qu’on oublie de poser à un fournisseur non audité, et qui n’a rien d’hostile : qui possède la société, et où se trouve la maison mère ? Dans un secteur où quatre marques concurrentes appartiennent parfois au même actionnaire, l’information fait partie du dossier au même titre que le pays du siège. Un fournisseur qui publie un audit annuel accepte par construction qu’un tiers regarde ses procédures internes. Un fournisseur qui n’en publie aucun demande qu’on lui fasse crédit sur ce point comme sur tous les autres. Ce n’est pas une accusation, c’est une asymétrie d’information, et elle se paie en confiance plutôt qu’en euros.
Le même piège, en version plus spectaculaire
Un autre fournisseur a laissé sa réputation suisse survivre à son départ effectif du pays, et la comparaison est encore plus tranchée. Elle est détaillée dans ce qu’il reste du pionnier des audits no-log.
Quand le fournisseur ne demande pas d’adresse du tout
Il existe une réponse plus radicale au problème de la confiance : ne collecter aucune donnée d’inscription, de sorte qu’il n’y ait rien à conserver. Ce modèle et ses contreparties sont examinés dans l’approche sans compte ni adresse mail.
Faire le tour des fournisseurs réellement européens
Puisque l’argument géographique revient à chaque page, autant regarder qui est réellement établi sur le continent et sous quel statut. L’inventaire est fait dans l’état des lieux des fournisseurs du continent.