Qui encaisse votre abonnement VPN ? Groupes, rachats et actionnaires
Ou : pourquoi un classement de dix VPN concurrents peut n’opposer, en réalité, que trois actionnaires.
La réponse courte : une grande partie des marques VPN les plus visibles appartiennent à une poignée de groupes. Kape Technologies détient ExpressVPN, Private Internet Access et CyberGhost ; Nord Security contrôle NordVPN, NordLayer et, depuis 2022, Surfshark ; Ziff Davis possède IPVanish et StrongVPN ; Gen Digital, né de la fusion de Norton et d’Avast, réunit plusieurs VPN dont HMA. Derrière NordVPN, pour répondre à la question la plus posée, il y a donc Nord Security, un groupe de droit néerlandais dont les équipes travaillent à Vilnius, et une société anonyme panaméenne qui exploite le service. Savoir qui encaisse l’abonnement est un critère aussi concret que le pays du siège ou la politique de journalisation, parce que c’est l’actionnaire qui décide de ce que deviendra cette politique.
Le cas Kape résume la mécanique. La société, anciennement nommée Crossrider et contrôlée par l’entrepreneur Teddy Sagi, a racheté CyberGhost en 2017, ZenMate en 2018, Private Internet Access en 2019, puis ExpressVPN pour 936 millions de dollars, une opération finalisée en décembre 2021. ZenMate a depuis été fondu dans CyberGhost et ses applications ont cessé de fonctionner en mai 2023. La même année, Kape a été retirée de la cote de Londres après une offre de rachat de la holding de son actionnaire principal. Le groupe liste aujourd’hui ses marques sur son propre site, dont une société qui édite des sites de comparaison de VPN.
Qui est derrière les VPN : groupes, marques et sites de comparaison
C’est ce dernier point qui mérite l’attention. Plusieurs groupes détiennent à la fois des VPN et des médias qui les évaluent. Kape possède une société qui publie des sites de comparatifs, dont vpnMentor et Wizcase. Ziff Davis possède IPVanish et StrongVPN, mais aussi PCMag, Mashable et CNET, et la page d’accueil d’IPVanish le mentionne elle-même. Point Wild, né en 2024 de la scission du groupe Aura puis d’une fusion, détient Hotspot Shield, Betternet et TotalAV, ainsi que le site Comparitech. Aucune de ces situations n’est dissimulée, toutes sont légales, et toutes justifient de lire un classement en se demandant qui possède le classement.
| Groupe | Marques VPN | Particularité |
|---|---|---|
| Kape Technologies | ExpressVPN, Private Internet Access, CyberGhost | Retirée de la cote de Londres en 2023, possède aussi des sites de comparatifs |
| Nord Security | NordVPN, NordLayer, Surfshark | Fusion avec Surfshark annoncée en février 2022, les deux marques revendiquent une exploitation autonome |
| Ziff Davis | IPVanish, StrongVPN | Éditeur de PCMag, Mashable et CNET |
| Gen Digital | Norton VPN, Avast SecureLine, AVG Secure VPN, HMA | Issu de la fusion NortonLifeLock et Avast en 2022 |
| Point Wild | Hotspot Shield, Betternet, VPN360 | Détient aussi le site Comparitech |
| Proton | Proton VPN | Premier actionnaire : une fondation suisse à but non lucratif, depuis 2024 |
Les rachats ont aussi des effets de bord. Nord Security a acquis Atlas VPN en 2021 et l’a fermé en avril 2024, en basculant ses utilisateurs vers NordVPN. Surfshark et NordVPN affirment conserver des infrastructures et des feuilles de route séparées depuis leur rapprochement, ce qui est plausible et invérifiable de l’extérieur. VyprVPN, cédé en 2023 à une société texane, a changé de pays en même temps que de propriétaire. Dans aucun de ces cas l’application n’a changé de nom du jour au lendemain, et c’est précisément le problème.
À l’autre bout du spectre, quelques fournisseurs affichent une propriété simple. Mullvad appartient à Amagicom, elle-même détenue par ses deux fondateurs. Windscribe se dit détenu en totalité par ses cofondateurs et ses salariés, sans investisseur extérieur. Proton a confié en juin 2024 à une fondation suisse à but non lucratif le rôle de premier actionnaire, avec un droit de veto sur tout changement de contrôle, ce qui est une façon inhabituelle de rendre un rachat difficile. Aucune structure ne garantit la vertu, mais une structure qui rend la revente compliquée protège au moins contre le scénario le plus fréquent du secteur.
L’actionnaire et le pays ne vont pas toujours ensemble
Un groupe basé à Londres peut exploiter un service depuis les îles Vierges britanniques, un groupe néerlandais depuis le Panama. Le droit qui s’applique réellement dans ces configurations est détaillé dans les juridictions des principaux fournisseurs.
Un audit survit-il à un changement de propriétaire ?
Un rapport d’audit décrit une infrastructure et une équipe à une date donnée. Après un rachat, il décrit une entreprise qui n’existe plus tout à fait. Ce qu’il faut regarder dans ces documents, et à quelle fréquence, est expliqué dans la portée d’un audit no-log.
Le signal qu’un rachat ne déclenche pas
Les fournisseurs publient parfois des rapports de transparence et des warrant canaries pour signaler les demandes des autorités. Aucun de ces dispositifs ne s’allume quand l’actionnaire change, ce qui ne les rend pas inutiles, comme le montre l’examen des rapports de transparence.