# Pirates au café et données volées : décoder le marketing de la peur

> Wi-Fi public, chiffrement militaire, anonymat total, antivirus intégré : ce que les régulateurs et les tests indépendants disent des promesses publicitaires des VPN, et ce qu'il en reste de vrai.


*Ou : quand la meilleure publicité pour un VPN est un pirate qui a pris sa retraite.*

La réponse courte : une bonne partie de la publicité pour les VPN vend une protection contre une menace que le chiffrement du web a largement neutralisée, celle du pirate assis au fond du café qui lirait votre mot de passe bancaire sur le Wi-Fi public. Le régulateur britannique de la publicité l'a dit noir sur blanc en mai 2019, à propos d'un spot télévisé de NordVPN qui comparait l'usage d'un Wi-Fi public au fait de distribuer sa carte bancaire : il a jugé que HTTPS apportait une couche de sécurité importante, que le spot [exagérait le risque de vol de données](https://www.asa.org.uk/rulings/tefincom-sa-a19-547668.html) et qu'il était donc trompeur. Ce n'est pas la preuve qu'un VPN ne sert à rien, c'est la preuve qu'il ne sert pas à ce qu'on vous raconte le plus souvent, et c'est l'une des mises au point de [la page consacrée aux limites du VPN](/guides/vpn-professionnel/limites-mythes-vpn/).

Le même régulateur a d'ailleurs rejeté en avril 2020 une plainte contre une publicité de HMA, en admettant qu'un VPN ajoute bien une couche de sécurité pour la banque en ligne sur un Wi-Fi public. La vérité se situe entre les deux publicités : le risque existe, il est bien plus faible que ce que suggèrent les campagnes, et les agences de cybersécurité belge, française et suisse continuent de recommander un VPN sur les réseaux publics pour ce qui reste exposé.

## Pourquoi un VPN ne sert à rien, parfois : les promesses à relire

En décembre 2021, Consumer Reports a testé seize VPN et [conclu que douze d'entre eux](https://www.consumerreports.org/vpn-services/vpn-testing-poor-privacy-security-hyperbolic-claims-a1103787639/) présentaient mal leur produit ou exagéraient leurs promesses. Le magazine relevait qu'une expression comme « chiffrement de niveau militaire » ne veut rien dire de précis, et que ces discours peuvent inquiéter les gens plus que nécessaire à propos de la banque en ligne ou de sites déjà protégés par HTTPS. Mullvad, IVPN, Mozilla VPN et TunnelBear faisaient partie des services qui décrivaient correctement le leur. L'EFF avait publié l'année précédente un article au titre explicite, [le Wi-Fi public est bien plus sûr que vous ne le pensez](https://www.eff.org/deeplinks/2020/01/why-public-wi-fi-lot-safer-you-think), et l'autorité américaine de protection des consommateurs écrit depuis 2023 que se connecter à un Wi-Fi public est généralement sûr.

| Promesse | Ce qu'elle suggère | Ce qui est vrai |
|---|---|---|
| « Chiffrement de niveau militaire » | Une protection hors du commun | Le plus souvent AES-256, un algorithme standard qu'on retrouve aussi dans HTTPS |
| « Protégez-vous des pirates du Wi-Fi public » | Sans VPN, vos mots de passe sont lisibles | HTTPS protège déjà le contenu ; le VPN masque surtout les sites visités |
| « Devenez anonyme » | Plus personne ne sait qui vous êtes | Le fournisseur vous connaît, vos comptes et votre navigateur vous trahissent |
| « Bloque les malwares » | Un antivirus inclus | Un filtrage de domaines, sauf module antivirus distinct |
| « Le VPN le plus rapide » | Aucune perte de débit | Un résultat qui dépend du serveur, de l'heure et du lieu de mesure |

La même logique a valu à NordVPN une seconde décision défavorable du régulateur britannique en janvier 2023, pour un message radio qui promettait de « couper » les logiciels malveillants sans pouvoir l'étayer. De ce côté de la Manche, je n'ai trouvé aucune décision du Jury d'éthique publicitaire belge visant une publicité pour un VPN, ce qui ne signifie pas que les publicités diffusées en Belgique soient plus prudentes, seulement qu'aucune n'a été tranchée.

La bonne lecture tient en une question : la publicité décrit-elle une menace ou un produit ? Une campagne qui passe trente secondes sur un pirate et deux secondes sur ce que fait le service vend une émotion. Celle qui dit ce qu'elle protège, contre qui et dans quelles limites vend un outil, et c'est généralement celle qui décrit aussi ce qu'elle ne fait pas.

![Illustration : un mégaphone sous un projecteur face à une salle vide](/images/decoder-marketing-peur-vpn-megaphone.original.webp "Une publicité qui parle trente secondes de la menace et deux du produit vend une émotion.")

### Ce que HTTPS protège déjà

Le cœur du marketing de la peur repose sur un Wi-Fi public d'avant la généralisation du chiffrement. Ce que HTTPS protège aujourd'hui, et ce qu'un VPN y ajoute encore, est détaillé dans [la comparaison entre HTTPS et VPN](/guides/vpn-professionnel/limites-mythes-vpn/vpn-et-https-doublon-ou-complement/).

### Le bouclier antivirus qui n'en est pas un

« Protection contre les menaces » ne signifie pas analyse des fichiers. Ce que font vraiment les filtres de sécurité intégrés aux applications VPN est examiné dans [la différence entre un VPN et un antivirus](/guides/vpn-professionnel/limites-mythes-vpn/vpn-ne-remplace-pas-antivirus/).

### Les peurs juridiques, dans l'autre sens

À l'inverse de la publicité, certaines rumeurs font craindre qu'un VPN soit illégal ou sur le point d'être interdit en Europe. Ce que dit réellement le droit est expliqué dans [la légalité du VPN en Belgique, en France et en Suisse](/guides/vpn-professionnel/limites-mythes-vpn/vpn-legal-belgique-france-suisse/).


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