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Un tunnel chiffré n'arrête pas un fichier piégé : VPN et antivirus

Ou : un convoyeur de fonds ne vérifie pas si les billets sont faux.

La réponse courte : un VPN ne remplace pas un antivirus, parce qu’il ne fait pas le même travail. Le tunnel chiffre le trajet entre votre appareil et un serveur ; il ne regarde pas ce que contient ce que vous téléchargez, et il n’empêche pas un programme malveillant de s’exécuter. Or c’est surtout par ce chemin que les attaques arrivent : dans son panorama des menaces 2025, l’agence européenne pour la cybersécurité attribue environ 60 % des intrusions observées entre juillet 2024 et juin 2025 à l’hameçonnage sous ses différentes formes, loin devant l’exploitation de failles. Un courriel piégé ouvert à travers un VPN reste un courriel piégé, ce qui en fait l’une des confusions les plus coûteuses parmi les idées reçues sur le VPN.

La bonne nouvelle, pour qui utilise Windows, est que la question de l’antivirus est souvent déjà réglée. Microsoft Defender est intégré au système depuis Windows 8, actif par défaut, et il se retire de lui-même si vous installez un autre antivirus. Lors du test d’AV-TEST de mai et juin 2026 sous Windows 11, il a obtenu 17,5 points sur 18 et détecté la totalité des attaques inédites et des logiciels malveillants répandus soumis. AV-Comparatives lui attribue 99 % de protection dans son test en conditions réelles de février à mai 2026, sans aucun faux positif.

VPN ou antivirus : ce que font les filtres intégrés aux applications VPN

La confusion vient en partie des fournisseurs eux-mêmes, qui ajoutent à leurs applications des fonctions de sécurité aux noms évocateurs. La plupart reposent sur un filtrage DNS : quand votre appareil demande l’adresse d’un domaine réputé malveillant, publicitaire ou pisteur, le serveur du fournisseur refuse de répondre. C’est le principe de NetShield chez Proton VPN et de CleanWeb chez Surfshark, qui ne fonctionnent que lorsque le VPN est connecté et n’analysent aucun fichier. NordVPN est allé plus loin avec un module baptisé désormais antivirus nouvelle génération, qui analyse les téléchargements et fonctionne même sans connexion VPN : c’est alors un véritable antivirus livré dans l’application, pas une propriété du tunnel.

Le tunnel garde la route ; il ne regarde pas ce que vous faites entrer.

Ces filtres ont une efficacité très variable, et les rares mesures disponibles demandent une lecture prudente. AV-Comparatives a certifié le module anti-hameçonnage de NordVPN en 2026 avec 96 % de sites malveillants bloqués, sans faux positif. Un test d’AV-TEST de novembre 2024 sur plus de 3 000 adresses malveillantes donnait 83 % de blocage pour NordVPN contre 4 % pour Proton VPN et Mullvad, mais il avait été commandé par la maison mère de NordVPN, ce qui invite à ne pas lire l’écart comme un classement. Il confirme surtout ce qu’on pouvait deviner : un filtre DNS pensé contre la publicité n’est pas conçu pour arrêter une campagne d’hameçonnage.

MenaceLe tunnel VPNLe filtre DNS d’une appli VPNUn antivirus
Espionnage du trafic sur un réseau localProtègeSans effetSans effet
Site d’hameçonnage connuSans effetParfois bloquéSouvent bloqué
Pièce jointe ou téléchargement piégéSans effetSans effetAnalysé
Programme malveillant déjà installéSans effetSans effetDétecté et supprimé
Publicités et pisteursSans effetRéduitsSans effet

La réponse à « faut-il les deux ? » est donc oui, pour la plupart des gens, et elle coûte souvent moins cher qu’on ne le croit : l’antivirus est déjà là, et le VPN se choisit pour ce qu’il protège vraiment.

Les publicités qui vendent la peur de l’infection

Beaucoup de campagnes présentent le VPN comme un bouclier contre les pirates et les virus, en mélangeant des menaces qu’il ne couvre pas. Leur mécanique, et ce qu’elles omettent, sont examinées dans les ficelles du marketing de la peur.

Bloquer les pisteurs n’est pas les empêcher de vous suivre

Le filtrage DNS supprime une partie des publicités et des pisteurs tiers, pas le suivi par votre compte ou par vos cookies. Les limites de cette approche sont détaillées dans ce que le VPN change au pistage publicitaire.

Ce que le chiffrement du web a déjà réglé

Une partie des menaces qu’on attribuait autrefois au réseau, comme l’interception d’un mot de passe, est désormais neutralisée par HTTPS. Ce qui reste exposé, et ce que le VPN y ajoute, est décrit dans la comparaison entre HTTPS et VPN.