Les publicitaires vous suivent aussi derrière un VPN
Ou : l’annonceur ne vous reconnaît pas à votre adresse, il vous reconnaît à vos habitudes.
La réponse courte : un VPN change peu de choses au pistage publicitaire, parce que les publicitaires ne vous suivent presque jamais par votre adresse IP. Ils s’appuient sur des cookies déposés par des services tiers, sur des pixels invisibles intégrés aux pages, sur l’identité des comptes auxquels vous êtes connecté et, de plus en plus, sur l’empreinte de votre navigateur. Aucun de ces mécanismes ne dépend de l’adresse IP, et aucun n’est donc touché par le tunnel. Chrome, le navigateur le plus utilisé, a d’ailleurs renoncé à supprimer les cookies tiers : après avoir abandonné ce projet en juillet 2024, Google a annoncé en avril 2025 qu’il ne proposerait pas non plus de fenêtre de choix dédiée, et a retiré en octobre 2025 la plupart des technologies censées les remplacer. C’est une nuance essentielle parmi les limites concrètes d’un VPN.
Ce que le VPN change, c’est la géolocalisation par l’adresse IP et le profilage qui s’appuie sur elle, par exemple pour deviner votre ville ou le réseau de votre employeur. C’est réel, mais c’est une petite partie du dispositif publicitaire. L’autorité britannique de protection des données rappelait fin 2024 que l’empreinte du navigateur permet de vous identifier à nouveau immédiatement, même après avoir effacé toutes les données des sites.
VPN et pistage publicitaire : ce que le filtrage DNS bloque, et ce qu’il laisse passer
La plupart des fournisseurs ajoutent à leur application un bloqueur de publicités et de pisteurs, et presque tous fonctionnent de la même façon : un filtrage DNS. Quand votre appareil demande l’adresse d’un domaine publicitaire connu, le serveur DNS du fournisseur ne répond pas, et la publicité ne se charge pas. NetShield chez Proton VPN propose deux niveaux de blocage, les seuls domaines malveillants ou bien les publicités, les pisteurs et les domaines malveillants ensemble, auxquels l’application Windows ajoute un niveau pour les contenus pour adultes ; CleanWeb chez Surfshark et la protection de NordVPN reposent sur le même principe, actif lorsque le trafic passe par le VPN, du moins sur ordinateur.
Le filtrage DNS a une limite structurelle : il bloque des domaines entiers. Quand la publicité ou le pistage est servi depuis le même domaine que le contenu, le bloquer reviendrait à bloquer la page elle-même. YouTube, par exemple, insère ses publicités côté serveur depuis juin 2024, dans le même flux que la vidéo. Le filtrage DNS ne fait pas non plus de nettoyage visuel des pages, et il ne voit rien du pistage que les sites effectuent sur leurs propres serveurs.
Il a en revanche un avantage peu connu. Une étude de chercheurs de la KU Leuven, présentée en 2021, a montré que près de 10 % des 10 000 sites les plus visités camouflaient des pisteurs tiers derrière un sous-domaine de leur propre domaine, une technique qui trompe les extensions de navigateur sur Chrome. Un filtre DNS qui suit toute la chaîne de résolution peut, lui, la déjouer. Aucun des trois fournisseurs cités ne documente toutefois s’il le fait.
| Méthode de suivi | VPN seul | Filtre DNS du VPN | Bloqueur dans le navigateur | Navigation privée |
|---|---|---|---|---|
| Géolocalisation par l’adresse IP | Masquée | Sans effet propre | Sans effet | Sans effet |
| Cookies de régies tierces | Sans effet | Réduits | Réduits | Effacés en fin de session |
| Compte connecté | Sans effet | Sans effet | Sans effet | Sans effet si vous vous connectez |
| Pistage servi depuis le site lui-même | Sans effet | Sans effet | Partiel | Partiel |
| Empreinte du navigateur | Sans effet | Sans effet | Selon le navigateur | Selon le navigateur |
La combinaison la plus efficace ne passe donc pas d’abord par le VPN, mais par le navigateur : un bloqueur de contenu, des réglages de protection contre le pistage, et l’habitude de ne pas rester connecté partout. Le VPN s’ajoute à cet ensemble, il ne le remplace pas.
L’identifiant que les cookies n’ont pas besoin de déposer
Quand les cookies sont bloqués, l’empreinte du navigateur prend le relais, et Google autorise ses partenaires publicitaires à y recourir depuis février 2025. Ce qu’elle mesure et comment la réduire est expliqué dans l’empreinte de navigateur face au VPN.
Moins suivi n’est pas inconnu
Réduire le pistage publicitaire ne rend pas anonyme pour autant, ni face au fournisseur VPN, ni face aux services où vous êtes connecté. La distinction est posée dans ce qu’un VPN ne cache pas de votre identité.
Un filtre de publicités n’est pas un antivirus
Les mêmes filtres DNS servent aussi à bloquer des domaines malveillants, ce qui entretient la confusion avec un antivirus. Ce qu’ils arrêtent vraiment est détaillé dans la différence entre un VPN et un antivirus.