Freelance en déplacement : les données de vos clients voyagent avec vous
Ou : l’ordinateur portable pèse deux kilos, les obligations qu’il transporte beaucoup plus.
La réponse courte : un indépendant qui manipule les fichiers d’un client, un comptable, un graphiste, un développeur, agit souvent comme sous-traitant de ce client au sens du RGPD. Le règlement lui impose alors, à l’article 28, d’offrir des garanties suffisantes et, à l’article 32, des mesures de sécurité adaptées au risque, en citant expressément le chiffrement. En déplacement, trois mesures font l’essentiel du travail : chiffrer le disque, passer par un VPN pour les accès distants, et n’emporter que les données nécessaires. La CNIL les réunit dans la fiche consacrée à l’informatique mobile de son guide de la sécurité des données personnelles, mis à jour en 2026 : chiffrer tous les flux, avec un VPN pour les accès externes, chiffrer les postes nomades, fournir un filtre de confidentialité pour les écrans utilisés en public. C’est le volet professionnel de la sécurité en déplacement.
Le chiffrement a un effet juridique concret. L’article 34 du RGPD dispense d’informer les personnes concernées d’une violation de données si celles-ci étaient chiffrées de façon à les rendre incompréhensibles. Un portable volé dans un train n’a pas les mêmes conséquences selon que BitLocker ou FileVault était activé ou non. Sous Windows, le chiffrement de l’appareil existe aussi sur l’édition Famille, mais ne s’active pas automatiquement avec un compte local ; sur un Mac récent, les données sont déjà chiffrées et FileVault ajoute l’exigence du mot de passe de session.
Freelance et données clients : les mesures qui voyagent avec vous
| Mesure | Pourquoi | Source |
|---|---|---|
| Chiffrer le disque et le téléphone | Des données chiffrées volées n’obligent pas à prévenir chaque personne | RGPD, articles 32 et 34 ; CNIL |
| Passer par un VPN pour les accès distants | Tous les flux vers l’extérieur doivent être chiffrés | CNIL, fiches 7 et 8 |
| N’emporter que le nécessaire | Moins de données exposées en cas de perte ou de fouille | CNIL ; ANSSI ; EDPB |
| Filtre de confidentialité et discrétion | L’écran se lit par-dessus l’épaule | ANSSI ; CNIL |
| Prévenir le client sans tarder en cas de perte | Le sous-traitant doit notifier le responsable | RGPD, article 33 |
| Vérifier la loi du pays sur le chiffrement | Certains pays encadrent l’usage du chiffrement | ANSSI |
Voyager hors de l’Union ne crée pas automatiquement un transfert de données. L’EDPB, qui réunit les autorités européennes, donne dans ses lignes directrices 05/2021 l’exemple d’un employé qui accède à distance à des données depuis un pays tiers : ce n’est pas un transfert, parce qu’il fait partie intégrante du responsable du traitement. Le cas d’un freelance, partie distincte de son client, n’est pas tranché aussi nettement : en cas de doute, mieux vaut en parler au client avant le départ. Les mêmes lignes directrices admettent qu’un responsable interdise d’emporter des ordinateurs dans certains pays, et la CNIL suggère de limiter, voire d’interdire, le stockage de données sur les postes nomades lors de déplacements à l’étranger.
La frontière est un moment particulier. Les douanes américaines ont fouillé les appareils de 55 318 voyageurs sur plus de 419 millions lors de l’exercice 2025, soit moins de 0,01 %, en précisant sur leur page consacrée aux fouilles qu’un appareil verrouillé peut être retenu. Le risque est faible, mais un appareil qui ne contient que le strict nécessaire le réduit encore. En Belgique, l’Autorité de protection des données propose aux petites structures une boîte à outils, avec un modèle de registre simplifié pour les sous-traitants.
La liste complète avant de partir
Chiffrement, sauvegarde, mises à jour et verrouillage se préparent avant le voyage. La liste des gestes se trouve dans la liste de sécurité du nomade numérique.
Garder l’accès aux outils du client
Un client qui filtre les connexions par pays peut bloquer un prestataire en déplacement. Les solutions sont décrites dans le travail depuis l’étranger.
Le réseau du coworking
Le Wi-Fi partagé d’un espace de coworking ou d’un café n’a plus les dangers d’il y a dix ans, mais il en garde quelques-uns. Ils sont décrits dans les vrais risques du Wi-Fi public.